Malgré un froid polaire atteignant les -17°C, des milliers de manifestants ont envahi les rues de Minneapolis ce vendredi. Ce mouvement de contestation massif vise à dénoncer les récents coups de filet de la police de l’immigration (ICE) ainsi que la ligne répressive de l’administration Trump, alors que le pays s’enfonce dans une crise politique et sociale profonde.
La ville du Midwest est devenue l’épicentre de la colère après la mort de deux manifestants américains abattus par des agents fédéraux en janvier. Parmi eux, Alex Pretti, tué de dix coups de feu par des agents de la police aux frontières (CBP) le 24 janvier dernier. Alors que le ministère de la Justice a annoncé l’ouverture d’une enquête pour violation des droits fondamentaux, le président Donald Trump a jeté de l’huile sur le feu en qualifiant la victime d’« agitateur » et en désignant les manifestants comme des « insurgés » et des « fauteurs de troubles ».
La presse dans le collimateur
La tension a franchi un nouveau palier avec l’arrestation de plusieurs figures médiatiques. Don Lemon, ancien présentateur vedette de CNN, a été interpellé lors d’une opération dirigée personnellement par la ministre de la Justice, Pam Bondi. Il est poursuivi pour « entrave à la liberté de culte » alors qu’il couvrait un rassemblement dans une église du Minnesota.
Bien que relâché, Don Lemon devra comparaître devant la justice début février. Cette offensive contre les médias a fait réagir le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, qui a fustigé une dérive autoritaire, affirmant avec sarcasme que le président russe Vladimir Poutine « en serait fier ». Une journaliste indépendante et un ancien candidat démocrate ont également été brièvement interpellés avant d’être remis en liberté.
Bras de fer et paralysie budgétaire
Sur le terrain, le déploiement massif de policiers masqués n’a pas suffi à intimider la foule. « Je ne pense pas que notre gouvernement devrait nous terroriser comme ça », a confié une manifestante à l’AFP, illustrant le divorce croissant entre une partie de la population et les agences fédérales comme l’ICE.
Cette crise locale a désormais des répercussions directes au sommet de l’État. Depuis samedi minuit, les États-Unis sont entrés dans une situation de paralysie budgétaire partielle (« shutdown »). Ce blocage résulte du refus de l’opposition démocrate d’adopter le budget de la sécurité intérieure sans l’instauration de garde-fous contre les méthodes de la police de l’immigration.
Alors que le ministère de la Justice tente de calmer le jeu en qualifiant l’enquête sur la mort d’Alex Pretti de procédure « standard », le discours de fermeté de la Maison-Blanche laisse présager une poursuite durable du bras de fer.
Tenplar Ngwadi
