L’Union européenne (UE) franchit un nouveau cap dans sa politique migratoire. Ce jeudi 29 janvier 2026, la Commission européenne a présenté une stratégie quinquennale visant à réformer en profondeur son système de visas et à intensifier les expulsions. Si les arrivées irrégulières au sein du bloc des 27 ont pourtant diminué de plus d’un quart en 2025, la pression politique, portée par un glissement généralisé vers la droite en Europe, impose désormais une ligne de fermeté.
« La priorité est claire : faire baisser le nombre d’arrivées illégales et le maintenir à un niveau bas », a martelé Magnus Brunner, le commissaire européen chargé des migrations. Pour l’exécutif européen, l’enjeu est de restaurer la confiance de l’opinion publique, mise à mal par ce qu’il qualifie d’« abus » du système d’asile.
Au cœur de cette nouvelle architecture se trouve une « diplomatie migratoire offensive ». Bruxelles ne s’en cache plus : l’octroi de visas deviendra un levier pour obtenir la coopération des pays d’origine. « C’est l’un des outils les plus puissants à notre disposition », confie une source à la Commission.
Concrètement, l’UE prévoit de sanctionner les pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants déboutés du droit d’asile en restreignant la délivrance de visas. À l’inverse, les procédures pourraient être assouplies pour les États coopératifs, notamment pour favoriser l’arrivée de travailleurs qualifiés. Cette stratégie s’appuie sur des accords déjà conclus ou en cours de négociation avec plusieurs pays d’Afrique du Nord, dont le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et la Mauritanie, mêlant assistance financière et contrôle des flux.
Sur le plan législatif, le Parlement européen examine actuellement une proposition de la Commission permettant la création de « centres de retour » situés en dehors des frontières de l’UE. Le texte prévoit également un arsenal coercitif renforcé : des sanctions plus sévères et des périodes de détention allongées pour les migrants refusant de quitter le territoire européen.
Pour Magnus Brunner, cette sévérité est une condition sine qua non pour préserver la capacité de l’Europe à protéger les plus vulnérables et à attirer les talents dont elle a besoin.
Cette accélération suscite toutefois de vives critiques de la part des organisations de défense des droits humains. Amnesty International n’a pas tardé à qualifier cette stratégie de « défaillante ». Selon Olivia Sundberg Diez, analyste politique au sein de l’ONG, cette politique « ne fait qu’accroître la dépendance de l’UE vis-à-vis de pays tiers, tout en la rendant complice d’éventuelles violations des droits humains ».
Malgré ces oppositions, la machine bruxelloise est lancée. La Commission devrait présenter son plan de réforme détaillé d’ici la fin de l’année, entérinant un virage où la gestion des frontières prime désormais sur l’ouverture.
Tenplar Ngwadi
