Le palais de justice historique du cœur de Paris est le théâtre d’un événement judiciaire aux répercussions politiques majeures.
Ce mardi à 13h30, le procès en appel de Marine Le Pen, du Rassemblement national (RN) et de dix autres personnes a débuté, en présence de la figure de l’extrême droite française. Arrivée discrètement, elle n’a fait aucune déclaration, se contentant de glisser dans la matinée son « état d’esprit d’espérance » et son souhait « d’être entendue par la cour d’appel ».
L’enjeu est colossal pour Marine Le Pen. Ce procès, prévu pour durer un mois et s’achever le 11 février, déterminera si sa carrière politique peut se poursuivre. En première instance, le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamnée à quatre ans d’emprisonnement (dont deux ferme sous bracelet électronique) et 100 000 euros d’amende pour détournement de fonds publics. Mais c’est surtout sa peine de cinq ans d’inéligibilité, assortie d’une exécution provisoire (donc immédiate), qui pèse sur son avenir. Cette décision l’empêche, à date, de concourir à une élection présidentielle ou de se représenter dans sa 11e circonscription du Pas-de-Calais en cas de dissolution. Elle encourt désormais jusqu’à dix ans d’emprisonnement.
Alors que l’extrême droite connaît un essor sans précédent, avec 120 députés RN (ex-FN) à l’Assemblée, Marine Le Pen, rattrapée par des pratiques des « années de vaches maigres » de son parti, pourrait être contrainte de céder la place à son poulain, Jordan Bardella, pour la prochaine élection présidentielle.
Le « système » de captation des fonds européens au cœur des débats
L’accusation, représentée par Thierry Ramonatxo et Stéphane Madoz-Blanchet, maintient que Marine Le Pen a mis en place un « système » entre 2004 et 2016. Ce dispositif visait à détourner les enveloppes versées par le Parlement européen à ses eurodéputés, destinées à la rémunération de leurs assistants parlementaires à Bruxelles et Strasbourg. Selon l’accusation, ces assistants travaillaient en réalité pour le parti, alors dénommé Front national (FN), ou pour ses dirigeants.
Le préjudice a été évalué par le tribunal correctionnel à 3,2 millions d’euros, après déduction d’1,1 million d’euros déjà remboursés par certains des prévenus. Sur les vingt-cinq personnes initialement poursuivies en première instance, douze ont renoncé à faire appel, y compris Yann Le Pen, la propre sœur de Marine Le Pen. En revanche, des figures comme le maire de Perpignan Louis Aliot, le député RN Julien Odoul, l’eurodéputé Nicolas Bay et Bruno Gollnisch seront de nouveau sur le banc des prévenus, devant la formation collégiale présidée par la magistrate Michèle Agi.
Des centaines de journalistes du monde entier sont massés dans les galeries de la cour d’appel, soulignant l’ampleur et l’importance de ce procès qui tiendra en haleine la sphère politique française pendant un mois.
Tenplar Ngwadi
