L’Association Agir pour le Patriotisme, les Droits de l’Homme et la Justice (APDHJ), une organisation qui observe la crise sécuritaire de Kwamouthet le processus de réconciliation dirigé par le ministère de l’Intérieur, a constaté au mois de novembre 2025 une nouvelle flambée d’attaques et des violences meurtrières attribuées aux miliciens Mobonbo dans Kwamouth et à la périphérie de Kinshasa, en dépit des mesures initiées par le gouvernement congolais.
C’est ce qu’a fait savoir le président de cette organisation des droits de l’homme, Venance Kalenga.
Ces récentes attaques, menées par des miliciens majoritairement de la tribu Yaka, armés de fusils et de machettes, ont fait au moins 35 morts, des nombreux blessés et ont conduit à l’arrestation par l’armée de plus de 60 assaillants.
Elles ont visé le 7 novembre, deux villages situés près du parc de la vallée de la N’sele à Kinshasa, puis le 23 novembre, le village Nkana dans le territoire de Kwamouth. Ces attaques s’inscrivent dans la continuité d’une centaine d’autres attaques perpétrées par les miliciens Mobondo depuis le début de cette crise sécuritaire.
« Notre organisation rappelle qu’en plus des opérations militaires fréquemment engagées depuis septembre 2022 à Kwamouth, ainsi que les opérations conjointes armée et police, dont la plus
récente baptisée « Ngemba » [qui signifie « paix » en Kikongo, la langue véhiculaire de la région], le gouvernement congolais a également mis en place plusieurs initiatives visant à mettre fin à cette crise.
Il s’agit principalement de diverses rencontres organisées depuis 2022 à Kinshasa, par le ministère de l’Intérieur entre les représentants Teke et Yaka afin de résoudre la crise sécuritaire provoquée par les Mobondo.
Ces rencontres avait notamment recommandé le renforcement de la présence sécuritaire à Kwamouth par la création de nouveaux commissariats de police, l’installation des parquets, la tenue des procès publics contre les auteurs de violences, l’identification et la certification des chefs coutumiers et des fermiers du territoire, ainsi que l’indemnisation des victimes ; et de la signature en avril 2024 à Kinshasa, d’un acte d’engagement entre les représentants des communautés Teke et Yaka en présence du président Félix-Antoine Tshisekedi, visant à mettre fin aux hostilités, à promouvoir la cohabitation pacifique et à permettre le retour des personnes déplacées.
Pour l’APDHJ, les opérations et initiatives gouvernementales n’ont pas rétabli la paix à Kwamouth en raison du clientélisme dans la désignation des représentants aux discussions de paix et de l’implication des chefs coutumiers sans réelle influence sur les assaillants.
Ces choix n’ont pas permis de dissuader les miliciens car leurs prétendus représentants n’avaient aucun contrôle sur ceux qui combattaient sur le terrain. Les victimes quant à elles, ne comprennent pas qu’après 3 ans, le gouvernement demeure incapable de neutraliser ces groupes alors que les foyers de violence se trouvent à proximité de Kinshasa.
Il y a 3 ans, des organisations de défense des droits de l’homme avaient dénoncé l’intégration d’environ 2.000 miliciens Mobondo au sein des FARDC, sans qu’un processus de vetting n’ait été mené pour identifier ceux impliqués dans des violences durant les conflits.
Cette démarche s’apparentait à une prime à l’impunité pour ces miliciens, alors que certains arrêtés sur terrain par l’armée, étaient jugés devant les tribunaux militaires.
Ce conflit qui a déjà fait plus de 5.000 morts et entraîné plus de 250.000 déplacés, a éclaté en juin 2022 à la suite d’un différend sur la hausse de la redevance coutumière que les cultivateurs Yaka versaient aux chefs de terre Teke pour l’accès à la terre. Il s’est aggravé lorsque des leaders locaux l’ont politisé.
Les Teke craignaient de perdre le contrôle de leurs terres ancestrales tandis que les Yaka estimaient pouvoir s’approprier les terres agricoles sans continuer à payer de redevance.
Au vu des initiatives passées restées sans effet, l’APDHJ exhorte cette fois le gouvernement congolais, lors des prochaines rencontres à impliquer uniquement les chefs coutumiers ayant une réelle influence sur les assaillants, ainsi que les représentants des miliciens disposants d’un contrôle effectif sur ceux qui agissent sur le terrain, tout en excluant les médiateurs liés à une
partie en conflit.
Le prochain « Forum sur la paix » annoncé par le Vice-premier ministre de l’Intérieur, devra définir des solutions concrètes pour résoudre les conflits communautaires et coutumiers, refuser
toute intégration des miliciens dans les forces de sécurité sans vetting préalable, et lancer un processus de justice transitionnelle pour restaurer la justice et construire la paix.
La Gazette du Continent
