Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Gombe a condamné le 29 octobre 2025 l’adjudante Sarah Ebabi affectée à l’Etat-major de renseignement militaire à 12 mois de prison assortis de 12 mois avec sursis.
Elle a été reconnue coupable de violation de consigne le 19 octobre 2025 en embrassant son futur époux en tenue militaire souillant l’honneur et le dignité des Forces armées de la République Démocratique du Congo. La condamnée a bénéficié des circonstances atténuantes du fait de sa délinquance primaire et des services loyaux à la Nation. Elle devra toutefois payer 500.000 francs congolais des frais d’instance.
Le ministère public la poursuivait en étant au service des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) d’avoir violé une consigne générale donnée le chef d’état-major général des FARDC, dans un télégramme l’interdiction de se connecter dans les réseaux sociaux et publié les discours, les propos, les caricatures, les photos dans le contexte opérationnel susceptible de saper l’honneur et la dignité des institutions de la République en général et celle des FARDC en particulier.
Sarah Ebabi avait publié une vidéo sur le réseau social tiktok en tenue militaire le baiser langoureux à son amant dans un studio de photos au quartier Matonge dans la commune de Kalamu. Ce fait est prévu et puni selon le Code pénal militaire (article 113). Me couple s’y était rendu pour se photographier en prélude de leur mariage prévu le 31 octobre 2025.
Dans une vidéo sur tiktok, on voit la prévenue baisait un homme en tenue militaire. Sa hiérarchie a décidé de l’interpeller à la suite de sa posture qui a suscité l’interrogation. Sa hiérarchie a estimé que ce fait relevé de violation de consigne. Elle l’a mise à la disposition de l’auditorat militaire de garnison de Kinshasa-Gombe afin qu’elle soit poursuivie en procédure de flagrance.
L’organe poursuivant lui reproche d’avoir sapé l’honneur et la dignité des FARDC en s’exposant en public indignement dans sa posture en tenue militaire. Le ministère public était convaincu que le baiser et le tir langue affichés par Sarah Ebabi sur les réseaux sociaux constituent un comportement prohibé par les institutions publiques. L’accusation a soutenu que la prévenue a parcouru son chemin criminel en bafouant volontairement les instructions militaires comme elle en avait l’habitude.
En étant une habituée de Tiktok et autres réseaux sociaux, elle a programmé son buzz et jasait avec ses internautes en défiant ainsi les forces armées. Le ministère public a soutenu que l’incriminée n’a retiré cette vidéo sur son compte après avoir été interpellée par sa hiérarchie. De ce fait, l’organe accusateur a demandé au tribunal de constater l’infraction dûment établie.
Sarah Ebabi a clamé son innocence durant l’instruction de l’affaire. Elle a affirmé n’avoir jamais voulu saper l’honneur et la dignité de l’armée qu’elle a servi pendant dix ans sans le moindre reproche. Contraire à l’accusation, elle a affirmé qu’elle n’avait jamais publié cette vidéo sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, elle était étonnée par la vidéo postée sur les réseaux sociaux car son contrat avec le photographe puisqu’elle n’était pas prévue. Pour elle, la faute incombe au photographe puisque la faute est individuelle. Elle a indiqué qu’elle n’a jamais exposé des publications compromettantes contre l’armée.
Analyses des éléments du dossier
Le tribunal a fait observer qu’il est interdit à tout militaire des FARDC de souiller l’honneur de l’armée par des publications obscènes sur les réseaux sociaux tant pendant des opérations militaires que pendant la période de paix. Cette publication qui heurte la décence et la pudeur de la tenue militaire sape l’honneur et la dignité des forces armées. C’est pour cette raison que ces actes sont érigés en infractions punissables selon la loi. « Tout militaire est censé connaître ces directives qui sont répétées dans plusieurs séances de sensibilisation et des parades militaires ».
Sarah Ebabi a reconnu avoir été contactée par son photographe pour un rendez-vous de séances de photos. Le photographe a déclaré dans sa déposition du 28 octobre 2025 que les photographies de son studio sont publiées sur les réseaux sociaux. Le tribunal a noté que Ebabi ayant contacté le photographe devrait nécessairement visiter les publications de ce dernier. « Elle a ainsi consenti tacitement à la publication de sa vidéo devenue virale ».
Pour le tribunal, une militaire qui travaille à l’État-major de renseignement militaire comme elle, sa vidéo ne pouvait pas être publiée à son insu. S’agissant d’un baiser de salutation ou à l’occasion d’une cérémonie nuptiale, le tribunal a noté qu’il est hors de question qu’elle enfreigne la loi. Cependant, si ce comportement est de nature à s’exposer au public en ignorant l’honneur et de l’armée, il tombe sous le coup de la loi.
Faisant sien l’argument du ministère public, le tribunal a noté que Sarah Ebabi, de par son comportement pendant la séance, c’est-à-dire sa posture et ses gestes prouvent à suffisance qu’elle savait que cette vidéo allait être publiée sur les réseaux sociaux, notamment sur tiktok montrant un peu de respect pour l’uniforme militaire. Les contours en disent longs sur l’impact de cette vidéo sur le régulation des militaires de sexe féminin.
L’adjudant Sarah Ebabi a cinq jours pour faire appel contre la décision rendue par le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Gombe. L’un de ses avocats a déclaré à l’issue de l’audience qu’il revient à sa cliente de juger de l’opportunité d’aller en appel contre le jugement la condamnant.
La Gazette du Continent
