Dans un entretien accordé à RFI, France 24 et TV5 Monde en marge du sommet Africa Forward, le président français Emmanuel Macron s’est opposé aux sanctions américaines visant le Rwanda, pays accusé de soutenir les rebelles de l’AFC/M23, plaidant plutôt pour un retour au dialogue. Une position qui, à Kinshasa, n’a suscité aucune surprise.
Dans l’entourage du président congolais Félix Tshisekedi, plusieurs sources affirment que cette prise de position était attendue. Certains évoquent même une forme de « frustration politique » côté français.
Selon un proche conseiller du chef de l’État congolais, les États-Unis auraient déjà sécurisé un accès stratégique aux minerais de la République démocratique du Congo, plaçant Washington au centre du jeu diplomatique. Dans ce contexte, Emmanuel Macron chercherait à rééquilibrer les positions en ménageant Kigali, perçu comme un partenaire utile aux intérêts français dans plusieurs zones d’influence africaines, du Mozambique à la Centrafrique.
Plusieurs voix au sein de l’entourage présidentiel congolais vont plus loin, estimant que la position du chef de l’État français serait davantage liée à une relation personnelle avec le président rwandais Paul Kagame qu’à une ligne diplomatique européenne concertée.
Sur le fond, Emmanuel Macron défend une approche articulée autour de plusieurs axes : un dialogue direct entre les présidents congolais et rwandais, le retrait de toutes les forces étrangères du territoire congolais, la reprise des négociations politiques avec l’AFC/M23, ainsi que le retour de l’Union africaine au centre du processus.
Concernant les sanctions américaines contre Kigali, le président français estime qu’une multiplication des pressions extérieures pourrait réduire la coopération du Rwanda et nuire aux efforts diplomatiques, plaidant ainsi pour un retour aux mécanismes de dialogue.
Mais à Kinshasa, chacune de ces propositions se heurte à des interprétations divergentes et à des réalités de terrain. Sur la question du retrait des forces étrangères, le Burundi affirme maintenir ses troupes en RDC dans le cadre d’un accord bilatéral avec Kinshasa, tandis que les autorités congolaises reconnaissent leur présence à leur demande, en distinguant ce cas de celui du Rwanda.
Sur le dialogue entre Kinshasa et Kigali, les deux capitales s’accusent mutuellement de violations des engagements existants. Kigali reproche notamment à l’armée congolaise des frappes de drones dans des zones contrôlées par l’AFC/M23. Dans les deux camps, l’idée d’une reprise des discussions sans garanties préalables est jugée peu crédible au regard des échecs passés.
Sur la question des sanctions, la présidence congolaise estime au contraire que les mesures américaines ont contribué à freiner les avancées du mouvement rebelle sur le terrain.
Dans ce contexte, la position française est perçue à Kinshasa comme un signal potentiellement favorable à Kigali. Toutefois, plusieurs conseillers de Félix Tshisekedi appellent à la prudence, rappelant qu’Emmanuel Macron « n’est pas la France », et que la position de Paris peut évoluer en fonction des équilibres géopolitiques.
Selon eux, s’appuyer exclusivement sur les déclarations d’un président en fin de mandat constituerait une lecture réductrice d’un jeu diplomatique encore en mouvement.
Tenplar Ngwadi
