L’ancien Premier ministre congolais Samy Badibanga relance le débat sur l’avenir des infrastructures stratégiques de la République démocratique du Congo. Dans une tribune publiée le 20 avril 2026, il met en garde contre une dépendance croissante de la RDC au corridor de Lobito, un axe ferroviaire reliant les zones minières du Katanga au port angolais de Lobito, sur l’océan Atlantique.
Cette prise de position intervient après le passage de la Première ministre Judith Suminwa à la Banque mondiale, où le redimensionnement du corridor de Lobito a été évoqué dans le cadre des discussions sur les infrastructures régionales.
Un débat présenté comme stratégique
Dans sa tribune intitulée « Corridors de Banana et Lobito : Alerte, l’avenir économique de la RDC en question », Samy Badibanga estime que le choix entre le corridor de Lobito et celui de Banana dépasse le simple cadre technique.
Selon lui, privilégier l’évacuation des minerais congolais via l’Angola pourrait placer durablement la RDC dans une situation de dépendance logistique vis-à-vis d’un pays voisin. Il considère que cette orientation risque d’affaiblir la souveraineté économique du pays, alors que les minerais congolais représentent l’un des principaux leviers de développement national.
D’après plusieurs médias congolais ayant relayé la tribune, l’ancien chef du gouvernement affirme que les ressources minières de la RDC ne devraient pas seulement servir à l’exportation brute, mais aussi financer les infrastructures nationales, notamment les chemins de fer, les routes, les plateformes logistiques et les centrales hydroélectriques.
Banana présenté comme un projet de souveraineté
Dans son argumentaire, Samy Badibanga défend le corridor de Banana comme une infrastructure stratégique capable de structurer le développement national.
Ce projet prévoit un axe de plus de 3 000 kilomètres reliant le sud-est minier du pays au futur port en eaux profondes de Banana, dans le Kongo-Central. L’ancien Premier ministre le décrit comme la « colonne vertébrale » économique de la RDC, estimant qu’il pourrait connecter plusieurs régions du pays, notamment le Katanga, le Kasaï, Kisangani, Kinshasa et les provinces de l’Est.
Il soutient également que le développement d’un corridor national permettrait de stimuler l’industrialisation locale, l’agriculture et la création de chaînes de valeur internes, plutôt que de favoriser l’industrialisation des pays voisins grâce aux minerais congolais.
Lobito, une solution rapide mais controversée
Le corridor de Lobito bénéficie déjà d’importants soutiens internationaux, notamment des États-Unis, de l’Union européenne et de plusieurs institutions financières internationales. Ce projet est présenté comme un moyen rapide de réduire les coûts et les délais de transport des minerais critiques, notamment le cuivre et le cobalt produits dans le Grand Katanga.
Selon les promoteurs du projet, la réhabilitation de la liaison ferroviaire entre Kolwezi et Dilolo, longue d’environ 430 kilomètres, permettrait d’acheminer plus rapidement les minerais vers le port de Lobito en Angola.
Mais pour Samy Badibanga, cette option ne doit pas devenir une solution permanente. Il estime que la RDC risque de perdre le levier économique capable de justifier des investissements massifs dans ses propres infrastructures de transport et d’énergie.
Un appel à un débat national
Face à ces enjeux, l’ancien vice-président du Sénat appelle à l’organisation d’un large débat national réunissant responsables politiques, économistes, entreprises, syndicats et société civile.
Pour lui, la question centrale est de savoir si la RDC doit privilégier une solution logistique rapide à travers Lobito ou investir prioritairement dans des infrastructures nationales destinées à renforcer son autonomie économique à long terme.
Dans sa tribune, il rappelle également que l’absence d’infrastructures modernes figure parmi les facteurs ayant contribué à l’isolement de plusieurs régions du pays et à la fragilité économique de l’Est de la RDC.
Entre pragmatisme économique et souveraineté
Le débat autour des corridors de Lobito et de Banana illustre les choix stratégiques auxquels la RDC est confrontée : répondre rapidement aux besoins d’exportation des minerais tout en construisant des infrastructures capables de soutenir une industrialisation nationale durable. Alors que le corridor de Lobito apparaît aujourd’hui comme le projet le plus avancé techniquement et financièrement, les partisans du corridor de Banana estiment qu’il représente un enjeu majeur de souveraineté économique et d’intégration territoriale pour la RDC.
Jean-claude Mombong Mass
