Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé la suspension « à titre préventif » du commissaire national de police, Fannie Masemola, éclaboussé par un scandale de corruption lié à un marché public de 20 millions de dollars dans le secteur de la santé. Une décision qui marque un tournant dans une affaire ayant profondément secoué l’appareil sécuritaire sud-africain.
Le chef de l’État a précisé que cette suspension intervient en raison de la gravité des accusations pesant sur le patron de la police nationale, ainsi que de l’importance stratégique de ses fonctions. « Compte tenu de la gravité de ces accusations et du rôle crucial que joue le commissaire national de police (…), j’ai convenu avec le général Masemola qu’il serait considéré comme suspendu à titre préventif jusqu’à la conclusion de l’affaire », a déclaré Cyril Ramaphosa.
Pour assurer l’intérim, le directeur financier de la police, le lieutenant-général Puleng Dimpane, a été nommé à la tête de l’institution. Le président l’a présenté comme un haut responsable jouissant d’une « réputation de professionnalisme et d’intégrité ».
Cette affaire implique également d’autres hauts responsables des forces de l’ordre. Le ministre de la Police, le commissaire national et son adjoint ont tous été suspendus ou placés en congé. C’est la première fois qu’un scandale de cette ampleur touche aussi directement la hiérarchie policière sud-africaine.
Fannie Masemola est accusé d’avoir enfreint la législation sur les marchés publics dans le cadre d’un appel d’offres de la police portant sur des services de santé. Ce contrat, depuis annulé, avait été attribué en juin 2024 à Medicare24, une société appartenant à l’homme d’affaires Vusimuzi « Cat » Matlala.
Ce dernier, souvent présenté en Afrique du Sud comme un « tenderpreneur », terme désignant les entrepreneurs ayant bâti leur fortune grâce aux marchés publics, est soupçonné d’entretenir des liens avec le crime organisé.
Masemola a brièvement comparu devant un tribunal mardi pour répondre à quatre chefs d’accusation de violation de la loi sur les finances publiques. L’affaire a été renvoyée au 13 mai. Il rejette l’ensemble des accusations portées contre lui.
Les procureurs ont indiqué qu’il comparaîtra aux côtés de 16 autres suspects, parmi lesquels figure également Vusimuzi Matlala.
L’affaire a pris une dimension nationale après qu’un chef de police régional a accusé plusieurs responsables des forces de l’ordre, ainsi que le ministre sud-africain de la Police, de se livrer à des activités criminelles.
Ces révélations ont conduit à la destitution du ministre et à la création d’une commission d’enquête officielle, présidée par le juge Madlanga. Diffusées quotidiennement à la télévision et à la radio, les audiences de cette commission sont suivies de près par l’opinion publique.
Parallèlement, une enquête parlementaire distincte examine des allégations selon lesquelles de hauts responsables policiers auraient entretenu des liens avec des figures du crime organisé et accepté de l’argent en échange de faveurs.
Le nom de Vusimuzi Matlala n’est pas inconnu des autorités. Il avait déjà été arrêté en mai de l’année dernière dans le cadre de la tentative d’assassinat de son ex-partenaire, Tebogo Thobejane, en 2023.
Il avait également été cité dans une autre affaire de corruption portant sur le détournement présumé de plus de 2,2 milliards de rands, soit environ 129 millions de dollars.
Cette nouvelle crise intervient alors que la coalition au pouvoir est déjà fragilisée par une série de scandales de corruption qui ont progressivement érodé la confiance du public.
À l’approche des élections locales, la gestion de cette affaire par Cyril Ramaphosa pourrait peser lourdement sur l’opinion des électeurs.
Le président a assuré qu’un examen approfondi des affaires impliquant les hauts responsables de la police était en cours. « Ce système de contrôle constitue un important processus de restructuration et de reconstruction », a-t-il affirmé.
L’affaire ravive également le souvenir du scandale de l’hôpital de Tembisa, dans lequel plus de 2,2 milliards de rands auraient été détournés. En 2021, la lanceuse d’alerte Babita Deokaran, qui avait dénoncé ces malversations, avait été assassinée devant son domicile, abattue de neuf balles.
Tenplar Ngwadi
