C’est un nouveau drame qui vient endeuiller le nord-est du Nigeria. Des dizaines de personnes ont été tuées samedi 11 avril 2026, dans le village de Jilli lors d’une frappe aérienne qualifiée d’« accidentelle » par les autorités militaires.
L’opération, censée viser des positions de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et de Boko Haram, a tragiquement touché des populations civiles.
Le flou autour du bilan humain
Plusieurs jours après les faits, l’incertitude demeure quant au nombre exact de victimes, les chiffres variant selon les sources. Un rapport de sécurité destiné à l’ONU fait état d’au moins 56 morts et 14 blessés. De son côté, l’organisation Amnesty International avance un bilan plus lourd, dépassant les 100 morts et 35 blessés graves. Certains responsables locaux, présents sur le terrain, évoquent quant à eux une estimation allant jusqu’à environ 200 morts.
Face à ces chiffres alarmants, l’armée nigériane s’est contentée de confirmer la frappe sans fournir de bilan précis, tout en annonçant l’ouverture d’une enquête.
Une zone stratégique et dangereuse
Dans un communiqué publié dimanche, l’état-major a justifié l’intervention par la nature de la zone, décrite comme un « corridor de déplacement » stratégique pour les combattants de l’ISWAP et leurs alliés. Le marché de Jilli, situé au cœur de la localité touchée, est réputé pour être un carrefour commercial fréquenté par des marchands de plusieurs États du Nord. Cependant, selon des sources sécuritaires, il se trouve également sous l’influence des groupes armés qui y imposent leur contrôle et y prélèvent des taxes.
Sur place, l’attaque a semé le chaos. « Je ramenais mon cheval et le reste de mes chèvres à la maison lorsqu’un avion nous a bombardés », témoigne Abubakar Goni, un habitant rescapé. Les structures sanitaires locales ont été instantanément saturées. « Nous avons accueilli plus de vingt patients ; certains ont dû être transférés vers le centre hospitalier universitaire de Maiduguri », explique Ishaku Bulus, un professionnel de santé.
À l’hôpital de Maiduguri, situé à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu du drame, les survivants évacués décrivent des scènes d’horreur, certains évoquant des familles entières décimées par l’explosion.
La répétition d’un scénario tragique
Confronté depuis 2009 à une insurrection djihadiste qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes, le Nigeria multiplie les opérations militaires. Toutefois, ces interventions, souvent menées dans des zones densément peuplées ou difficiles d’accès, débouchent régulièrement sur des victimes civiles.
Face à l’indignation, le chef d’état-major de l’armée de l’air a ordonné l’activation immédiate d’une cellule d’enquête pour évaluer les dommages causés. Les conclusions de cette investigation sont désormais attendues pour faire la lumière sur l’une des bavures les plus meurtrières de ces dernières années.
Tenplar Ngwadi
