L’image a fait le tour du monde et reste, aujourd’hui encore, le symbole d’un basculement historique. Ce 9 avril 2003, les troupes américaines pénètrent dans une Bagdad qui n’oppose que peu de résistance. Au cœur de la capitale irakienne, sur la place Ferdaous, un char américain muni d’un treuil met à terre l’immense statue de Saddam Hussein sous les acclamations des habitants. Ce jour-là, le régime du « Raïs » s’écroule en même temps que son effigie de bronze.
Pourtant, vingt-trois ans plus tard, l’heure n’est plus aux réjouissances. L’Irak ne commémore plus l’anniversaire de cette chute. Et pour cause : la liesse populaire fut de courte durée, rapidement balayée par une spirale de violences qui a ensanglanté le pays. Entre mars 2003 et mars 2013, on estime que 112 000 civils ont péri dans les troubles qui ont suivi l’intervention militaire.
Ce bilan tragique vient rappeler une réalité brutale : on n’impose pas la démocratie par les armes. Dix ans après l’invasion, le pays continuait d’être endeuillé chaque jour, transformant l’espoir de liberté en un interminable traumatisme.
Aujourd’hui, le constat est frappant. Dans les cafés de Bagdad, il n’est plus rare d’entendre la rengaine du « C’était mieux sous Saddam ». Ce sentiment de nostalgie gagne même ceux qui ont été les victimes directes de la cruauté du dictateur.
Face à l’instabilité chronique, nombreux sont les Irakiens qui regrettent les années de plomb, mais plus apaisées, où les tensions communautaires étaient étouffées par l’autorité centrale. Derrière le regret de l’ancien régime se cache surtout la douleur d’un peuple qui cherche encore la paix promise sur les décombres de la place Ferdaous.
Jean-Claude Mass Mombong
