Le 8 avril 2013, une page majeure de l’histoire politique du XXe siècle s’est tournée à Londres. Margaret Thatcher, l’ancienne Première ministre britannique, a succombé à une attaque cérébrale. Recluse et affaiblie par la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années, elle mourait loin de l’agitation du pouvoir qu’elle avait exercé avec une poigne d’acier.
Pourtant, l’annonce de son décès a provoqué une onde de choc à la mesure de sa démesure : si certains pleuraient une icône, d’autres, dans les pubs du pays, levaient leur pinte de bière ou sablaient le champagne pour célébrer la disparition de celle qui fut leur plus intime adversaire.
Rien ne prédestinait pourtant Margaret Hilda Roberts, née le 13 octobre 1925 à Grantham, à devenir cette figure planétaire. Issue d’une famille d’épiciers méthodistes, elle a puisé dans une éducation austère les valeurs qui allaient forger sa réputation : une discipline de fer, une certitude absolue d’avoir raison contre « vents et marées » et une intransigeance qui ne connaissait pas le compromis.
Son accession au pouvoir, le 3 mai 1979, marque une rupture brutale. Entourée des géants de l’époque Ronald Reagan, Mikhaïl Gorbatchev ou François Mitterrand elle impose un tournant néo-libéral agressif. Son ennemi juré : l’État-providence, qu’elle s’est employée à démanteler avec une détermination méthodique.
Le thatchérisme restera synonyme de traumatismes sociaux. Sa gestion de la grève des mineurs de 1984-1985 demeure une plaie ouverte dans la mémoire britannique. Pour briser le mouvement ouvrier, elle a déployé tout l’arsenal répressif de l’État : 11 000 arrestations, 20 000 blessés et un bilan tragique de six mineurs et trois adolescents tués.
Cette même inflexibilité s’est manifestée face aux grévistes de la faim irlandais, victimes de son refus de céder. Mais cette dureté fut aussi son levier pour restaurer le prestige national, notamment lors de la reconquête militaire des îles Malouines face à l’Argentine en 1982.
Celle qui avait divisé le royaume comme peu de dirigeants avant elle avait fini par quitter la scène le 22 novembre 1990, sans gloire, poussée vers la sortie par son propre camp.
Vingt-trois ans plus tard, sa mort vient rappeler que Margaret Thatcher n’a jamais laissé personne indifférent. Entre le recul des conquêtes sociales et la restauration d’une certaine fierté britannique, la « Dame de fer » emporte avec elle le secret d’une personnalité qui aura marqué son temps par sa volonté de ne jamais plier.
Jean-Claude Mass Mombong
