C’est une petite révolution doctrinale que le général Mandon, chef d’État-major des armées (CEMA), a confirmée ce jeudi 09 avril 2026 devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale. Lors d’une audition consacrée à l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), le haut gradé a révélé l’envoi, fin mars, de quatre hélicoptères de type Tigre au Moyen-Orient.
L’objectif de ce déploiement inédit est clair : contribuer à la défense antidrones des pays partenaires de la France dans la région. Jusqu’ici, cette mission incombait principalement aux systèmes de défense sol-air ou aux avions de chasse, mais l’évolution de la menace impose une adaptation des moyens.
Cette décision repose sur un constat pragmatique : l’asymétrie de coût entre l’assaillant et le défenseur. « Une façon pour la France d’essayer de limiter le poids de la guerre sur les stocks de munitions utilisées pour contrer des drones dont la valeur est très faible », explique-t-on. En utilisant le canon des hélicoptères plutôt que des missiles de haute technologie pour abattre des engins low-cost, Paris optimise ses ressources.
Le général Mandon a d’ailleurs souligné que ce choix coïncide avec les enseignements tirés de la guerre en Ukraine, où environ 25 % des destructions de drones sont désormais effectuées par des hélicoptères tirant au canon. « Cela n’avait jamais été fait », a-t-il précisé pour souligner le caractère historique de cette mission.
Pour répondre aux exigences du théâtre moyen-oriental, ces quatre Tigre ont dû être adaptés en urgence. Ils ont notamment été équipés de la « Liaison 16 » (L16), le canal de communication standard de l’Otan permettant d’échanger des données tactiques en temps réel durant les opérations. Le CEMA a également détaillé que ces appareils seraient prochainement dotés de roquettes et de missiles anti-aériens Mistral, d’une portée de 8 kilomètres, bien qu’aucune échéance précise n’ait été communiquée.
Ces hélicoptères ne sont pas seuls dans le ciel de la région. Ils viennent en appui de la dizaine de chasseurs Rafale déjà envoyés en renfort ces dernières semaines pour sécuriser l’espace aérien de la Jordanie et des Émirats arabes unis. « Une nouvelle mission vient de s’ouvrir pour l’aviation légère de l’armée de terre », a conclu le général Mandon, marquant ainsi un tournant dans l’engagement militaire français à l’étranger.
Tenplar Ngwadi
