Le commissaire général adjoint chargé de la Coordination judiciaire, le commissaire divisionnaire Isaac Bertin Balekupayi, a présidé, lundi 8 juin 2026, une parade devant les services de la Coordination judiciaire à Kinshasa-Gombe. Cette rencontre a été consacrée au rappel des règles encadrant l’établissement des procès-verbaux ainsi qu’aux attributions légales des officiers de police judiciaire (OPJ) et des agents de police judiciaire (APJ).
Face à ses collaborateurs, le haut responsable de la police a dénoncé plusieurs dérives observées sur le terrain, notamment la rédaction de procès-verbaux dits de « constat » dans des commerces et boutiques, en dehors de tout cadre légal.
Les OPJ ne sont pas compétents pour contrôler les opérateurs économiques
Selon le commissaire divisionnaire Isaac Bertin Balekupayi, ni les OPJ ni les APJ ne disposent de compétences leur permettant d’effectuer des contrôles administratifs auprès des opérateurs économiques.
« Nous, officiers de police judiciaire, ne sommes pas compétents pour contrôler les opérateurs économiques. Ce n’est pas notre mission », a-t-il insisté. Il a déploré la pratique consistant pour certains agents à se rendre dans des magasins afin d’y dresser des procès-verbaux de constat, lesquels sont ensuite affichés par les commerçants comme preuve d’un prétendu contrôle officiel.
Le commissaire divisionnaire a annoncé l’organisation de nouvelles séances de sensibilisation destinées à rappeler aux APJ et OPJ leurs véritables missions ainsi que les limites de leurs interventions.
Des « électrons libres » accusés d’exactions dans plusieurs quartiers
Le responsable de la coordonnation judiciaire a également dénoncé le comportement de certains agents qu’il qualifie d’« électrons libres », agissant sans autorisation ni supervision hiérarchique.
« Une fois leur travail accompli, ils doivent rendre compte soit à un officier du ministère public, soit à un officier de police judiciaire. Ils ne peuvent pas se comporter comme des criminels vis-à-vis de la population qu’ils sont censés protéger », a-t-il déclaré.
Le responsable de la Coordonnation de la police judiciaire a notamment évoqué des perquisitions et des saisies irrégulières signalées dans le quartier Kauka, où des agents auraient emporté des biens appartenant à des particuliers sans procédure régulière.
Autre cas cité, c’est la saisie de plus de 300 cartons de whisky par un agent de la Coordination de la police judiciaire, qui n’en aurait remis que 60 à sa hiérarchie.
« Vous ne devez pas aller déranger les opérateurs économiques lorsqu’aucun dossier n’est ouvert à leur charge », a-t-il averti.
Selon le commissaire divisionnaire Balekupayi, plus d’une dizaine d’agents soupçonnés d’abus sont actuellement recherchés et pourraient être déférés devant la justice militaire.
Les pouvoirs communs entre l’OMP et l’OPJ
Au cours de son exposé,ble commissaire divisionnaire Isaac Bertin Balekupayi a également clarifié la répartition des compétences entre l’officier du ministère public (OMP) et l’officier de police judiciaire (OPJ).
Il a expliqué que les deux autorités disposent de plusieurs pouvoirs communs, notamment la constatation des infractions ; l’interrogatoire des suspects ;
l’audition des témoins ; la saisie d’objets liés à une infraction ; la collecte et la réunion des preuves nécessaires à l’établissement des faits.
Ces prérogatives permettent aux deux acteurs de contribuer aux enquêtes judiciaires dans le cadre de leurs missions respectives.
Les prérogatives déléguées et les compétences exclusives du ministère public
Le commissaire divisionnaire Balekupayi a précisé que certaines attributions peuvent être déléguées par l’OMP à l’OPJ à travers des réquisitions. Il s’agit notamment de la réquisition de la force publique ; l’examen des cadavres ; les explorations ou fouilles corporelles.
En revanche, d’autres compétences demeurent exclusivement réservées à l’officier du ministère public, conformément au Code de procédure pénale et aux textes régissant l’organisation judiciaire.
Parmi ces prérogatives figurent la direction de la police judiciaire ; la rédaction et la délivrance des citations à comparaître devant les tribunaux ; certaines réquisitions adressées aux experts en matière d’infractions flagrantes ; la signature de mandats d’amener.
Rappel sur la durée des mandats d’amener
Enfin, le commissaire divisionnaire Isaac Bertin Balekupayi a rappelé la différence entre les mandats d’amener délivrés par les OPJ et ceux émis par les OMP.
Selon lui, le mandat d’amener émis par un officier de police judiciaire est valable pendant deux mois, tandis que celui délivré par un officier du ministère public conserve sa validité durant trois mois.
À travers cette parade, la Coordination judiciaire entend renforcer la discipline au sein des services d’enquête et mettre fin aux abus qui ternissent l’image de la police judiciaire auprès de la population et des opérateurs économiques.
La Gazette du Continent
