À quelques mois du Sommet de la Francophonie, la course au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie prend une tournure de plus en plus stratégique. Entre volonté de continuité, aspirations au renouvellement et recomposition des équilibres géopolitiques, quatre figures émergent déjà pour le mandat 2027-2030.
L’enjeu est de taille : prendre la tête d’une organisation regroupant 90 États et gouvernements dans un contexte international marqué par la montée d’un monde multipolaire. Si les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 15 juin 2026, plusieurs prétendants occupent déjà le devant de la scène diplomatique.
Louise Mushikiwabo, la carte de la continuité
L’actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, ne cache plus son ambition de briguer un troisième mandat. En poste depuis 2019, la Rwandaise mise sur la stabilité et l’expérience acquise à la tête de l’organisation.
Selon l’analyse d’Isidore Kwandja, ses principaux atouts résident dans sa forte visibilité diplomatique et médiatique ainsi que dans son réseau de chefs d’État influents.
Mais cette stratégie de continuité pourrait se heurter à une certaine lassitude au sein des États membres. Des voix plaident déjà pour une alternance afin d’éviter une pérennisation du poste. Les tensions persistantes dans la région des Grands Lacs sont également perçues comme un facteur susceptible d’affaiblir son consensus.
Malgré cela, Louise Mushikiwabo demeure, selon plusieurs observateurs, « la femme à battre ».
Juliana Amato Lumumba, l’ambition congolaise
Soutenue par la République démocratique du Congo, Juliana Amato Lumumba apparaît comme l’outsider capable de rebattre les cartes.
Fille de l’icône panafricaine Patrice Lumumba, elle incarne, selon ses soutiens, l’ambition du premier pays francophone au monde de voir le centre de gravité de la Francophonie revenir vers l’Afrique centrale.
Sa candidature bénéficie d’une forte charge symbolique et démographique. Toutefois, certains partenaires occidentaux considèrent son profil comme davantage politique que diplomatique. Elle devra ainsi convaincre au-delà du bloc africain lors des auditions prévues en août prochain.
Pour Isidore Kwandja, ses chances restent sérieuses, notamment auprès des États favorables à un changement de leadership au sein de l’organisation.
Coumba Bâ, l’option du compromis
La Mauritanienne Coumba Bâ entend, elle, capitaliser sur une diplomatie d’équilibre entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabe.
Sa candidature repose sur une image de médiatrice et sur la position stratégique de la Mauritanie, appréciée aussi bien dans l’espace sahélien qu’au Maghreb.
Mais son manque de visibilité médiatique à l’échelle internationale constitue un handicap face aux candidatures plus exposées. Elle devra transformer son influence régionale en soutiens globaux pour espérer s’imposer.
Dans un scénario de blocage entre Kigali et Kinshasa, elle pourrait néanmoins apparaître comme une candidate de compromis.
Dacian Cioloș, la percée européenne
Ancien Premier ministre roumain, Dacian Cioloș est présenté comme l’outsider européen le plus menaçant de cette course.
Porté par une Europe de l’Est francophile qui n’a jamais dirigé l’organisation depuis sa création, il met en avant son expérience internationale ainsi qu’une vision axée sur la Francophonie économique, numérique et scientifique.
Sa candidature se heurte toutefois à une règle non écrite qui veut que le poste de secrétaire général revienne à un pays du Sud, particulièrement à l’Afrique, considérée comme le principal réservoir de croissance de la langue française.
Selon l’analyse d’Isidore Kwandja, une victoire du candidat roumain dépendrait d’une fracture du bloc africain et d’un soutien massif des pays du Nord ainsi que du bloc asiatique.
« Le verdict final dépendra de la force de la diplomatie des États et des alliances de dernière minute », a résumé Isidore Kwandja, également directeur honoraire des IXes Jeux de la Francophonie.
Tenplar Ngwadi
