On est en 1974, la Coupe du monde se passe en RFA, le Zaire de Mobutu était resplendissant, le Zaire est la première équipe d’Afrique noire à participer un mondial.
Le football et la politique sont intimement liés, le ballon rond est un levier puissant d’influence géopolitique, parfois de vitrine pour les régimes autoritaires et d’instrument de propagande. L’équipe nationale renforce le sentiment d’appartenance et l’État-nation, servant de tremplin politique, le président Mobutu Sese Seko l’avait bien compris.
Cohésion nationale, identité et fierté populaire , le président Mobutu Sese Seko avait fait du sport une cause nationale
Les Léopards du Zaire étaient une équipe formidable, avec Kazadi Mwamba, le meilleur gardien d’Afrique, le milieu de terrain Kibonge, le capitaine Kidumu, l’attaquant Mulamba Ndaye-qui a inscrit neuf buts lors de la CAN 1974, un record encore en vigueur aujourd’hui-, Kakoko, Mayanga etc
La qualification pour la Coupe du monde était parmi le point d’orgue de son projet de grandeur et fierté nationale , avec la boxe, le président avait fait du foot une cause nationale. Le président Mobutu était ravi,les joueurs étaient invités au camp Tshatsi , dans sa résidence ; le président Mobutu avait donné à chaque membre de l’équipe une maison et une Volkswagen verte. En 1974 , une forte délégation composée de ministres, de membres des forces armées , et de plusieurs marabouts, accompagnait l’équipe nationale.
Porteurs d’espoir de toute l’Afrique et de l’ambition politique du président , pour leur premier match de Coupe du monde de leur histoire, les Léopards étaient très performants, ils avaient montré une belle technique et une stratégie défensive pleine de cohésion. Ils abordent le premier match avec la ferme intention de ne pas se faire ridiculiser (une très bonne résistance face à l’Écosse (0-2). Mais au sein de l’équipe du Zaire, l’enthousiasme fait place à la colère, les primes de participation n’ont pas été versées, une mutinerie éclata dans le vestiaire,les joueurs ont décidé de faire grève sur le terrain, deux heures avant le match , ils avaient même refusé de jouer.
Fatigués et démotivés par des heures de négociations, le Zaire perdit 9 -0 contre la Yougoslavie, ce fut l’une des défaites les plus cuisantes de l’histoire du tournoi. Le gardien Kazadi Muamba fut le premier à mettre sa menace à exécution en faisant la grève des arrêts , on ne voulait pas jouer ce match. On marchait sur le terrain. Visionnez les images, vous verrez , confirme l’attaquant Mayanga Maku.
Au final, les Zaïrois, encaissent 9 buts face à des Yougoslaves certes plus forts mais bien aidés par cette passivité de circonstance. Furieux de l’humiliation internationale qu’a connu son pays, le président Mobutu envoie la garde présidentielle pour menacer les joueurs, les informant que s’ils perdent par quatre buts ou plus face au Brésil, ils ne seront pas autorisés à rentrer chez eux.
La réception des joueurs à leur retour au pays était aux antipodes de l’accueil qu’ils avaient reçu après leur victoire en Coupe des Nations. L’équipe de 1974 qui avait fait la fierté des zaïrois tomba dans l’oubli, ces héros en crampon ont été abandonnés par les pouvoirs publics, ils vivent aujourd’hui,dans le dénuement le plus total pour la plupart d’entre-eux . Le capitaine Kidumu, Kibonge , Kakoko, le ballon d’or Buanga, Mayanga ont trouvé exil en Europe. Le libero Lobilo Boba est aveugle, le gardien Kazadi, vainqueur de la CAN en 1968 et 1974, est décédé 1996, dans les conditions les moins humaines , Pierre Ndaye Mulamba est décédé le 19 janvier 2019, en Afrique du Sud.
L’actuel président de la République, Félix Antoine Tshisekedi a reçu une délégation des anciennes gloires de l’équipe nationale (anciens Léopards/Léopards du Zaïre des années 1968 à 1974) le 7 octobre 2025 à la Cité de l’Union Africaine, tout comme, Didier Budimbu, ministre des sports. Leurs préoccupations sociales ont été prises en considération par les autorités actuelles.
Jean-Claude Mombong Mass
