Le procès de l’opposant politique congolais Parole Kamizelo Sukadi, connu sous le surnom de « Maîtrisable », se poursuit devant le Tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema dans un climat de contestation procédurale.
Au centre du dossier figurent plusieurs déclarations publiques critiques à l’égard du président Félix-Antoine Tshisekedi, notamment au sujet de l’accord de paix signé en décembre 2025 à Washington entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda.
Dans ses prises de position, l’opposant qualifie cet accord d’« acte de balkanisation » et accuse le chef de l’État d’avoir porté atteinte à la souveraineté nationale en le paraphant. Des propos qui fondent en partie les poursuites engagées contre lui pour outrage au chef de l’État, une infraction qu’il rejette.
Le lundi 9 février 2026, Parole Kamizelo, membre du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), a déposé une requête formelle auprès du Tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema. Il y sollicite le déport, c’est-à-dire le retrait, de l’ensemble des membres de la composition appelés à examiner son dossier. Il l’a fait savoir dans un courrier qu’il a adressé le 9 février 2026 au Président du Tribunal de paix de Kinshasa-Gombe.
Dans sa correspondance, l’opposant évoque une partialité présumée de la chambre. Il cite notamment la présence, parmi les officiers du ministère public, de membres du Conseil national de cyberdéfense (CNC), qu’il accuse de l’avoir soumis à des actes de torture durant sa détention. Il dénonce également ce qu’il considère comme des irrégularités de procédure, notamment l’acceptation de procès-verbaux qu’il affirme avoir été obtenus sous contrainte. À cela s’ajoutent, selon lui, un manque de maîtrise des débats par la chambre ainsi que la présence continue d’agents du CNC aux audiences, qu’il interprète comme une forme d’intimidation.
Surnommé « Maîtrisable » par ses partisans, en référence à son concept selon lequel « tout est maîtrisable », Parole Kamizelo conteste l’ensemble des faits mis à sa charge. Il soutient par ailleurs que la vidéo dans laquelle il présente des excuses publiques aurait été enregistrée sous pression. À défaut d’un déport volontaire des juges, l’opposant annonce son intention d’engager une procédure formelle de récusation, conformément aux dispositions légales en vigueur. Cette démarche viserait à obtenir la recomposition de la chambre appelée à statuer sur son cas.
De leur côté, les autorités judiciaires ne se sont pas encore officiellement prononcées sur cette requête. En attendant une décision du tribunal, la procédure suit son cours dans un dossier qui suscite déjà de nombreuses réactions dans l’opinion politique et juridique congolaise.
Magloire Mutulwa
