Réunis au sein du Caucus des Bourgmestres et Bourgmestres Adjoints des villes de la République Démocratique du Congo, les responsables municipaux ont exprimé leur profonde préoccupation face à leurs conditions de travail et au fonctionnement des entités territoriales décentralisées.
Cette déclaration, datée du 28 août 2026 à Kinshasa, a été lue par Me Chantal Luzolo Ngoma, Présidente du Caucus des Bourgmestres de la RDC. Les bourgmestres affirment avoir analysé leur situation socio-professionnelle après 43 mois et 28 jours, soit trois ans, sept mois et 28 jours de fonction assidue.
Aucun salaire ni prime depuis la prise de fonction
Le premier grief qu’il souleve est le non-paiement des salaires et des primes. Les bourgmestres et bourgmestres adjoints affirment n’avoir perçu aucun salaire ni aucune prime de la part de l’État congolais durant cette période.
Ils décrivent une situation de précarité qu’ils qualifient de « sans précédent », alors même qu’ils exercent des responsabilités à la base de l’administration publique et de la gouvernance locale.
Des avantages liés à la fonction toujours absents
Le Caucus dénonce également l’absence d’avantages liés à la fonction, pourtant prévus, selon lui, par les textes et décrets en vigueur. Il cite notamment la prise en charge des soins de santé, l’indemnité de logement, le pécule de congé, les primes spécifiques, les frais d’itinérance, les prestations supplémentaires, les indemnités liées à la bonne gouvernance et à la sécurité, ainsi que les indemnités d’entrée en fonction et de transport.
Les responsables municipaux rappellent à ce sujet les dispositions de l’article 48 de la loi n°16/013 du 15 juillet 2016 portant statut des agents de carrière des services publics de l’État.
La question des 40 % des recettes des taxes d’intérêt commun
Une autre revendication est le non-versement de la quotité de 40 % des recettes des taxes d’intérêts communs destinées aux Entités territoriales décentralisées. Selon la déclaration, cette disposition, qui devrait permettre aux communes de disposer de ressources financières, n’est pas respectée malgré les dépôts d’observations effectués par l’Inspection Générale des Finances (IGF) dans plusieurs provinces.
Des rétrocessions jugées irrégulières
Les bourgmestres dénoncent par ailleurs l’irrégularité de la rétrocession du Gouvernement central aux ETD. Ils constatent que le versement de ces ressources s’effectue de manière sporadique et qu’il serait essentiellement consacré aux frais de fonctionnement, au détriment des besoins de développement des communes.
Les communes déplorent l’absence d’investissements locaux
Le Caucus pointe également du doigt le manque d’investissements en faveur des communes.
Selon cette déclaration, ni l’État ni les provinces ne financeraient les projets d’investissement des communes, alors que la décentralisation est présentée comme un levier essentiel du développement à la base.
Les taxes communales au cœur d’un autre bras de fer
Les bourgmestres dénoncent aussi ce qu’ils qualifient d’usurpation des taxes communales. Ils accusent certaines provinces et mairies de s’accaparer des taxes au détriment des communes, en contradiction, selon eux, avec les dispositions légales relatives à la nomenclature des impôts, taxes et redevances de la province et de l’ETD ainsi qu’à leurs modalités de répartition.
Ils affirment que cette situation aurait conduit au transfert de la quasi-totalité des taxes aux provinces, alors que la faible part revenant aux communes serait elle-même confisquée par les mairies ou les provinces.
Des conflits institutionnels également dénoncés
Enfin, les bourgmestres condamnent le traitement qu’ils jugent injuste des conflits institutionnels les opposant aux conseillers communaux. Le cas du bourgmestre de la commune de Ngaba est cité comme une illustration éloquente de ces tensions au niveau des administrations municipales.
Un appel direct au Chef de l’État
Face à l’ensemble de ces difficultés, le Caucus des Bourgmestres et Bourgmestres Adjoints sollicite l’implication personnelle du Président de la République, Chef de l’État et garant du bon fonctionnement des institutions, afin de permettre aux responsables municipaux de rentrer dans leurs droits.
Zacharie M. Mikounga
