Dans une tribune consacrée aux accords de Washington et au processus de Doha, l’ambassadeur Thierry Lowete estime que les initiatives diplomatiques engagées pour mettre fin à la crise dans l’Est de la République Démocratique du Congo ne s’attaquent pas suffisamment aux causes profondes du conflit.
Selon lui, les accords de Washington ne constituent pas le socle d’une paix durable dans la région. Il les présente comme un dispositif diplomatique incomplet, incapable, à lui seul, de résoudre une crise qu’il considère avant tout comme congolaise.
L’ambassadeur reconnaît toutefois l’importance des mesures visant la désescalade entre Kinshasa et Kigali, le retrait des forces et la mise en place de mécanismes de vérification. Mais il estime que ces mesures restent périphériques face aux problèmes internes qui alimentent, selon lui, la crise.
Une crise à trois niveaux
Thierry Lowete identifie trois dimensions majeures à la crise congolaise. Le premier niveau concerne le conflit entre la RDC et le Rwanda. Il le considère comme une réalité qu’il faut traiter, compte tenu de ses conséquences sécuritaires et humaines.
Le deuxième niveau porte sur les tensions identitaires et la question de la citoyenneté. L’ambassadeur estime que les difficultés rencontrées par les Banyamulenge et les Tutsi congolais doivent être abordées ouvertement dans toute recherche de solution. Il cite notamment les territoires de Minembwe, Masisi et Rutshuru, où il dénonce des phénomènes d’exclusion et de contestation de la citoyenneté de certaines communautés.
Pour lui, aucune solution diplomatique entre États ne pourra être durable si la question de l’appartenance, de la nationalité et de la protection des communautés n’est pas définitivement réglée.
La question de la légitimité au sommet de l’État
Le troisième niveau évoqué par Thierry Lowete concerne la gouvernance et la légitimité politique en RDC. Il met en cause la capacité du pouvoir de Kinshasa à conduire seul un processus de paix durable, estimant que la crise sécuritaire s’accompagne d’une crise plus large de l’État et de ses institutions.
L’ambassadeur évoque notamment les difficultés liées au contrôle du territoire, au fonctionnement de l’administration et à la gouvernance, tout en affirmant que la légitimité électorale du pouvoir reste contestée par une partie de la classe politique. Ces affirmations relèvent de son analyse politique et constituent le cœur de son argumentaire.
Doha et Washington, des processus accusés de gérer le temps
Dans sa tribune, Thierry Lowete se montre particulièrement critique à l’égard de la multiplication des initiatives diplomatiques. Il estime que les processus de Washington et de Doha risquent de devenir des mécanismes de gestion du temps plutôt que de véritables instruments de résolution de la crise.
Selon lui, chaque nouveau cycle de négociations permettrait de repousser les discussions sur des questions plus profondes : gouvernance, réforme de l’armée, citoyenneté, cohésion nationale et dialogue politique interne. Il considère ainsi le processus de Doha comme un « paravent » qui ne permettrait pas de traiter les racines de la crise congolaise.
Pour un dialogue national « sans tabou »
Face à cette situation, l’ambassadeur préconise une réorientation complète de la démarche. Il plaide pour une large ouverture politique et pour l’organisation d’un dialogue national qu’il souhaite « crédible, inclusif, souverain et sans tabou ». Selon lui, ce dialogue devrait réunir l’ensemble des acteurs concernés et permettre d’aborder notamment la question de la citoyenneté ainsi que la protection de toutes les communautés vivant en RDC.
Il estime également que les acteurs qualifiés de « terroristes » par Kinshasa devraient pouvoir être associés à une éventuelle démarche de dialogue, considérant qu’une partie de la population peut avoir une perception différente de ces groupes.
Une sortie de crise qui reste controversée
Dans son analyse, Thierry Lowete avance également une seconde hypothèse, beaucoup plus radicale : à défaut d’un dialogue politique inclusif, il évoque une action militaire susceptible de mettre fin au pouvoir de Félix Tshisekedi. Il affirme que le régime actuel serait, selon son analyse, au cœur de la crise congolaise et va jusqu’à le qualifier d’« architecte », de « gestionnaire » et de « principal bénéficiaire » du chaos.
Cette lecture est fortement politique et controversée. Elle constitue la position personnelle exprimée par l’auteur dans sa tribune et ne fait pas consensus parmi les acteurs politiques et diplomatiques engagés dans la recherche d’une solution à la crise.
Une multiplication des initiatives de paix
La tribune intervient alors que plusieurs initiatives diplomatiques cherchent à mettre fin au conflit dans l’Est de la RDC. Les accords de Washington et le processus de Doha s’inscrivent dans un ensemble plus large d’efforts visant à obtenir une désescalade, à favoriser le retrait des forces et à établir des mécanismes de suivi des engagements entre les différentes parties.
Le processus de Doha, notamment, cherche à établir progressivement un cadre de règlement entre Kinshasa et le M23, tandis que les initiatives soutenues par Washington s’inscrivent dans une démarche plus large de stabilisation régionale. Mais les violences et les tensions persistent dans l’Est du pays, alimentant les critiques sur l’efficacité des mécanismes diplomatiques.
Pour Thierry Lowete, la paix durable ne pourra toutefois être obtenue sans s’attaquer simultanément aux dimensions régionale, communautaire, institutionnelle et politique de la crise. Sa conclusion est sans équivoque : tant que les négociations internationales ne s’accompagneront pas d’une démarche politique interne en RDC, les processus de Washington et de Doha risquent, selon lui, de rester un « long chemin vers l’infini ».
La Gazette du Continent
