Le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, a évoqué, jeudi 13 août à Kinshasa, des démarches visant notamment la fermeture de près de 2 000 comptes accusés de diffuser des contenus jugés nuisibles. La déclaration intervient dans un contexte marqué par des dénonciations d’insultes, de cyberharcèlement et de violences numériques basées sur le genre.
Cette position fait suite à une mobilisation organisée à Kinshasa, au cours de laquelle un mémorandum dénonçant notamment les violences numériques visant la Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, a été remis au CSAC. Christian Bosembe a également évoqué la possibilité d’aller plus loin, jusqu’à une éventuelle fermeture de TikTok en RDC si les mécanismes de modération de la plateforme ne sont pas suffisamment renforcés.
Face à cette perspective, le chercheur en sciences de l’information et de la communication Fidèle Kitsa, responsable de Soma Media Lab. appelle à privilégier une réponse ciblée. Dans une réflexion publiée ce vendredis 14 août sous le titre « Faut-il vraiment fermer TikTok pour assainir notre cyberespace ? », il estime qu’une fermeture générale de la plateforme ne permettrait pas de s’attaquer aux causes profondes des dérives numériques.
Pour Fidèle Kitsa, TikTok constitue davantage un amplificateur des comportements problématiques qu’une cause de ceux-ci. Selon son analyse, fermer une application ne suffirait donc pas à faire disparaître la haine, les fausses informations, les injures ou le cyberharcèlement. Il redoute également un effet de déplacement, à savoir, les utilisateurs concernés pourraient migrer vers Facebook, Instagram ou d’autres plateformes, voire recourir à des outils de contournement comme les VPN.
Le chercheur souligne par ailleurs les conséquences économiques d’une éventuelle fermeture. En RDC, TikTok est devenu pour de nombreux jeunes un outil de promotion commerciale, de création de contenus et d’auto-emploi. L’application sert notamment à vendre des produits, promouvoir des activités culturelles et valoriser certains secteurs comme la mode. Une interdiction générale pourrait ainsi affecter des utilisateurs qui ne sont pas impliqués dans les dérives dénoncées.
Fidèle Kitsa met également en avant la question des libertés fondamentales. À ses yeux, sanctionner l’ensemble des utilisateurs pour les agissements d’une minorité poserait un problème de proportionnalité et pourrait restreindre l’accès à l’information et la liberté d’expression. Il estime qu’un blocage général risquerait aussi de donner l’image d’un État qui privilégie la fermeture plutôt que la mise en place de mécanismes modernes de régulation numérique.
Le chercheur ne minimise toutefois pas les dérives observées sur les réseaux sociaux. Il reconnaît la nécessité d’assainir l’espace numérique congolais, notamment face au cyberharcèlement, aux violences basées sur le genre, aux discours de haine, aux diffamations et à la désinformation. Il propose plutôt une responsabilisation individuelle, à travers l’application des dispositions du Code du numérique contre les auteurs identifiés de contenus illégaux.
Fidèle Kitsa appelle également à renforcer le dialogue entre les autorités congolaises et ByteDance, maison mère de TikTok. Il suggère notamment d’exiger une meilleure modération des contenus dans les langues utilisées en RDC, dont le lingala et le swahili, ainsi que la mise en place de mécanismes de signalement permettant de traiter rapidement les contenus susceptibles d’inciter à la violence ou de violer les lois congolaises.
À plus long terme, il considère toutefois que la réponse la plus durable repose sur l’éducation aux médias et à l’information. Pour lui, le renforcement de l’esprit critique doit permettre aux citoyens de mieux identifier les fausses informations, les manipulations et les contenus nuisibles. Il préconise ainsi davantage d’investissements dans la littératie numérique, le fact-checking et l’intégration de l’éducation aux médias dans le système éducatif.
En République démocratique du Congo (RDC), TikTok est la plateforme numérique qui grandit le plus vite, comptant plus de 6,7 millions d’utilisateurs. Pour de nombreux Congolais, l’application n’est pas qu’un divertissement ; c’est un outil de travail indispensable pour faire du commerce, vendre des produits, ou promouvoir la culture et la mode (comme la Sape).
Contrairement à d’autres pays, l’accès n’est soumis à aucune restriction d’âge ou d’horaire par défaut, ce qui entraîne une consommation massive jour et nuit selon
International Journal of Progressive Sciences and Technologies (IJPSAT).
Magloire Mutulwa
