Nommé ministre des Mines le 8 août 2025 et officiellement installé cinq jours plus tard, Louis Watum Kabamba dresse, au terme de sa première année à la tête du ministère, un bilan articulé autour de six priorités. Gouvernance, lutte contre la fraude, formalisation de l’exploitation artisanale, redistribution des revenus miniers, exploration géologique et développement de projets structurants constituent les principaux axes de son action.
Inscrite dans la vision du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et dans le Programme d’actions du gouvernement 2024-2028 conduit par la Première ministre Judith Suminwa, cette feuille de route vise à faire du secteur minier un levier de développement économique et social.
Gouvernance et transparence au premier plan
La modernisation de la gouvernance minière figure parmi les premières priorités affichées. Le ministère a engagé la digitalisation des procédures, la vulgarisation du Code minier ainsi que le renforcement des mécanismes de contrôle et de certification.
Le Data Warehouse sectoriel et le guide des investisseurs doivent notamment faciliter l’accès aux informations minières grâce à la numérisation des contrats, études de faisabilité, statistiques et registres des opérateurs. Un cadre permanent de concertation avec la Chambre des Mines de la FEC a également été instauré afin de favoriser le dialogue avec les acteurs du secteur.
Dans le même temps, 36 entités de traitement ont fait l’objet de contrôles, dont 13 au Lualaba et 23 au Haut-Katanga. Aucune n’a été considérée comme pleinement conforme aux exigences légales et réglementaires, des insuffisances ayant notamment été relevées dans la traçabilité, les statistiques, l’environnement et la conformité administrative.
La digitalisation de l’administration minière et la mise en service d’un nouveau laboratoire ultramoderne du CEEC sont également présentées comme des avancées destinées à améliorer les analyses, la certification et la traçabilité des substances minérales.
Sur le marché du cobalt, le métal a franchi le seuil de 56 000 dollars la tonne. La raffinerie pilote d’or de DRC Gold Trading SA à Kalemie, annoncée avec une capacité de 600 kg par an, constitue par ailleurs une étape dans la transformation locale. La RDC produit également désormais du lithium.
Une offensive contre la fraude et la contrebande
La deuxième priorité concerne le contrôle des circuits commerciaux et la lutte contre la fraude et la contrebande des minerais stratégiques.
Des activités minières ont été suspendues à Mwenga et Shabunda, dans le Sud-Kivu, ainsi qu’à Aru et Mahagi, dans le Haut-Uélé. Des arrestations ont également été effectuées.
Le dispositif a été renforcé avec l’opérationnalisation de la Commission nationale de lutte contre la fraude minière, consacrée par l’arrêté n°00237/2026 du 3 avril 2026.
La formalisation du commerce de l’or artisanal est également mise en avant. En 2025, 2,851 tonnes d’or artisanal, évaluées à 281,8 millions de dollars, ont été captées dans les circuits formels.
Formaliser davantage l’artisanat minier
Le ministère entend parallèlement mieux encadrer l’exploitation artisanale, notamment à travers le renforcement du SAEMAPE, la traçabilité des minerais et l’amélioration des conditions de travail des exploitants.
Avec le dispositif « Protection Groupe », instauré par l’arrêté ministériel n°00278/CAB.MIN/MINES/01/2026, les exploitants artisanaux regroupés en coopératives bénéficient d’une assurance obligatoire. La prime annuelle est fixée à 54 dollars, tandis que les indemnités peuvent atteindre 3 000 dollars en cas de décès ou d’invalidité.
La démarche prévoit également l’accompagnement des exploitants vers des activités génératrices de revenus, des formations aux métiers alternatifs et l’accès à la propriété foncière.
La viabilisation des Zones d’Exploitation Artisanale se poursuit. Trente-trois zones ont été identifiées au Lualaba et 31 au Haut-Katanga. À Kolwezi, la ZEA de Kasulu est opérationnelle.
La structuration de la filière du cobalt artisanal se poursuit avec l’accord EGC-Trafigura, tandis que les programmes AXIS et GOLDCONNECT visent à renforcer la traçabilité et l’intégration de l’or artisanal dans les circuits formels.
Les retombées minières au cœur de la redistribution
La quatrième priorité porte sur la redistribution des bénéfices du secteur minier au profit des communautés.
Depuis 2019, 349,2 millions de dollars ont été collectés auprès de 44 sociétés minières. Quarante-six organismes spécialisés ont été mis en place et 521 projets prioritaires approuvés, dont 335 réalisés et 186 en cours.
Selon le bilan présenté, ces investissements ont notamment permis la création de 1 221 emplois, la construction de 80 écoles et 65 centres de santé, ainsi que la réalisation de 62 projets liés à l’accès à l’eau potable et à l’énergie. S’y ajoutent 28 projets agropastoraux, 47 projets socioculturels et 52 infrastructures routières.
Par ailleurs, 93 entreprises ont signé des cahiers des charges représentant 360,1 millions de dollars, soit une progression de 12,4 % par rapport à 2024.
Le ministère met également en avant l’application de l’article 71 bis du Code minier, qui prévoit une participation minimale de 10 % des nationaux dans les entreprises minières en phase d’exploitation.
Cette orientation est complétée par le projet des « Léopards Miniers », destiné à favoriser l’émergence de propriétaires et promoteurs congolais dans des sociétés minières à capitaux congolais ou majoritairement détenues par des Congolais.
L’exploration pour mieux connaître le sous-sol congolais
La cinquième priorité concerne l’exploration géologique. Le ministère entend s’appuyer sur les recherches scientifiques, les nouvelles technologies et le renforcement des compétences nationales pour mieux identifier le potentiel encore insuffisamment exploré du pays.
Les partenariats avec le BRGM, JOGMEC, la Chine et Solafune participent à cette démarche. La coopération avec la Chine a notamment permis l’obtention de 100 bourses d’études, tandis que JOGMEC a contribué à la formation de 114 agents de l’État, dont cinq formateurs.
Le contrat signé avec Xcalibur le 29 janvier 2026 porte sur la cartographie géophysique aéroportée et géologique du territoire national. L’opération associe également des géologues congolais afin de renforcer les capacités nationales et la maîtrise des données géoscientifiques.
Dans le Grand Kasaï, le projet MICKA, lancé à Miabi le 25 juin 2026, vise à approfondir la connaissance et la valorisation du potentiel cuprifère de la région.
Des projets structurants pour diversifier la production
La sixième priorité repose sur le développement de nouveaux projets miniers destinés à diversifier la production et à soutenir l’industrialisation.
Parmi les projets cités figurent MIFOR, le projet de manganèse de Luozi, dans le Kongo Central, ainsi que le développement du cuivre dans le Grand Kasaï.
Le projet des Mines de Fer de la Grande Orientale (MIFOR) dispose d’un potentiel estimé entre 15 et 20 milliards de tonnes de minerai de fer à haute teneur, pour un investissement évalué à 28,9 milliards de dollars. Sa phase initiale prévoit une production de 50 millions de tonnes par an, avec une capacité pouvant progressivement atteindre 300 millions de tonnes.
Le projet de manganèse de Luozi, porté par Asia Mineral Limited, est présenté comme une autre perspective de diversification de la production minière, avec des retombées attendues en matière d’investissements, d’emplois, d’infrastructures et de recettes publiques.
La jeunesse congolaise mise à contribution
Le bilan présenté par le ministère accorde également une place à la jeunesse congolaise, considérée comme un acteur de la transformation du secteur.
Le recours aux énarques est présenté comme une illustration de la volonté de s’appuyer sur des compétences nationales. Le Concours d’Excellence BUANYA a, de son côté, permis à des groupes de jeunes de formuler des réflexions et des propositions autour des six priorités du ministère.
Les lauréats ont reçu les Prix d’Excellence BUANYA, récompensant leur créativité, leurs compétences et leur engagement.
Une année structurée autour de six axes
Après une année à la tête du ministère des Mines, Louis Watum Kabamba présente ainsi une action organisée autour de six grands axes : améliorer la gouvernance, combattre la fraude et la contrebande, formaliser l’artisanat minier, renforcer la redistribution des retombées, intensifier l’exploration géologique et développer des projets miniers structurants.
À travers ces priorités, le ministère affirme vouloir poursuivre la transformation du secteur minier congolais, avec l’objectif de mieux contrôler les ressources, renforcer la gouvernance, favoriser une exploitation responsable et accroître la création de valeur en République démocratique du Congo.
Tenplar Ngwadi
