L’ONG Les Écologistes RDC interpelle le ministère de l’Environnement sur la gestion et la conservation du Parc national des Virunga, dans une note technique datant du 7 juillet 2026 adressée à la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat.
Le document, signé par son coordonnateur national, l’avocat Prince Kihangi Kyamwami, intervient en réaction à une correspondance ministérielle relative aux limites de compétence et aux interventions de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) sur le lac Édouard.
Dans cette note, l’organisation dit soutenir les initiatives engagées par le ministère dans le secteur environnemental, tout en exprimant des réserves sur certaines orientations contenues dans la correspondance adressée à la direction générale de l’ICCN. Pour les Écologistes RDC, les questions liées à la conservation du Parc national des Virunga nécessitent une coordination étroite entre les différentes administrations concernées.
L’organisation propose notamment la tenue d’une réunion interministérielle associant l’ICCN et la direction du Parc national des Virunga. Elle estime qu’une telle concertation permettrait, selon elle, d’éviter les incompréhensions autour des compétences des différents services de l’État et de préserver les efforts de conservation dans cette aire protégée classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
La formulation relative à une « conservation de compromis » constitue également un sujet d’inquiétude pour l’ONG. Les Écologistes RDC considèrent que cette expression pourrait donner lieu à des interprétations différentes et, potentiellement, fragiliser les principes de protection de l’environnement. L’organisation demande ainsi que les orientations en matière de conservation soient formulées de manière suffisamment précise pour éviter toute ambiguïté.
La note s’interroge également sur l’instruction demandant à l’ICCN de se concentrer sur sa mission de protection et de gestion des aires protégées, sans intervenir dans les domaines relevant d’autres administrations. Pour l’organisation écologiste, une telle séparation stricte pourrait créer des difficultés dans la gestion d’un espace comme le Parc des Virunga, où se croisent des enjeux environnementaux, sociaux, agricoles, miniers, touristiques et sécuritaires.
Les Écologistes RDC contestent par ailleurs l’idée selon laquelle les actions de l’ICCN devraient systématiquement éviter de provoquer des mécontentements au sein des populations riveraines ou des communautés présentes dans les enclaves du parc. L’organisation estime que certaines mesures de conservation peuvent effectivement susciter des tensions locales, notamment lorsque les populations revendiquent l’accès à des terres situées à l’intérieur des limites de l’aire protégée.
Dans sa note, l’ONG évoque également des propos attribués à un leader local appelant les populations à se mobiliser lorsqu’elles estiment que leurs droits sont violés. Sans établir de lien direct entre ces déclarations et des actes particuliers, l’organisation s’interroge sur les conséquences que pourrait avoir une telle dynamique sur la protection du Parc national des Virunga et, plus largement, sur celle des autres aires protégées du pays.
Sur le plan institutionnel, l’organisation estime en outre que l’ICCN ne devrait pas être systématiquement soumis à une autorisation préalable pour les initiatives relevant de ses compétences légales à l’intérieur du parc. Elle soutient que l’institut dispose, dans le cadre fixé par la loi, d’un mandat permanent de protection et de gestion des aires protégées, tout en rappelant que le Conseil des ministres demeure, selon elle, un cadre approprié pour examiner les questions nécessitant une concertation gouvernementale.
Au-delà de ces divergences, l’ONG insiste sur la nécessité de placer la conservation au cœur des politiques publiques. Elle regrette que la correspondance ministérielle, telle qu’elle la présente, n’ait pas suffisamment mis en avant les efforts réalisés par l’ICCN, le Parc national des Virunga et les acteurs locaux dans ce domaine.
Pour les Écologistes RDC, la conservation ne peut toutefois être durable sans l’implication des communautés riveraines et des peuples autochtones. L’organisation plaide pour une approche communautaire associant protection de la biodiversité et développement local, notamment à travers des projets susceptibles de compenser les efforts consentis par les populations en faveur de la préservation de l’environnement.
La note appelle ainsi à une meilleure coordination entre les institutions publiques et les acteurs de la conservation, tout en défendant une approche qui associe protection des aires protégées, respect du cadre légal et développement durable. Pour l’ONG, l’avenir du Parc national des Virunga dépendra notamment de la capacité des autorités à concilier les impératifs de conservation avec les préoccupations sociales et économiques des communautés qui vivent à proximité de ses limites.
Signalons que la lettre N/Réf 0796 du 24 juillet 2026 de la ministre de l’Environnement de la RDC ordonne à l’ICCN de cesser la régulation des activités de pêche sur le lac Édouard, interdisant notamment l’immatriculation des pirogues et la délivrance de permis. Cette directive impose une « conservation de compromis » pour apaiser les tensions locales, tout en soumettant les actions de l’ICCN à une autorisation préalable du ministère.
Magloire Mutulwa
