Une nouvelle tragédie migratoire s’est produite aux portes de l’Europe. Au moins 18 migrants ont perdu la vie en tentant de rejoindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta depuis les côtes marocaines, alors qu’un important afflux de candidats à l’exil se poursuit dans cette zone frontalière.
Selon les autorités espagnoles, plusieurs centaines de personnes continuaient, jeudi, de converger vers la frontière, portant à plus de 1 500 le nombre de migrants arrivés à Ceuta en l’espace de quelques jours. Il s’agit de l’afflux le plus important enregistré dans l’enclave depuis 2021, année où plus de 10 000 personnes avaient franchi la frontière en seulement deux jours.
Les nouvelles arrivées auraient été alimentées par des rumeurs faisant état d’une ouverture du poste-frontière. Sur le littoral marocain, à une quinzaine de kilomètres de Fnideq, de nombreux véhicules transportant de jeunes candidats à la migration, dont des mineurs, ont été aperçus en direction de la frontière, tandis que d’autres poursuivaient leur route à pied en empruntant des chemins secondaires afin d’éviter les contrôles des forces de sécurité.
Parmi eux, Fatima Zahra, 40 ans, explique avoir quitté Tanger après avoir entendu que le passage vers Ceuta était accessible. Évoquant ses conditions de vie et de travail, elle affirme avoir voulu tenter sa chance en espérant rejoindre l’enclave espagnole.
Même motivation pour Abdelhakim, 32 ans, qui raconte avoir parcouru plusieurs kilomètres à travers les montagnes avant d’être emporté par les vagues à proximité de la côte. Il affirme avoir assisté à la noyade de deux jeunes hommes avant de renoncer à poursuivre la traversée, préférant préserver sa vie pour ses enfants.
Sur place, des journalistes ont observé l’arrivée de plusieurs migrants, parmi lesquels des adultes et des enfants encore vêtus de vêtements trempés, tandis que des effets personnels et des bouées abandonnés jonchaient le rivage.
Face à cette pression migratoire, le président de Ceuta, Juan Vivas, a alerté sur la saturation des structures d’accueil, estimant que les capacités disponibles ne permettent plus de faire face au rythme des arrivées.
Les autorités espagnoles ont annoncé le renforcement du dispositif de sécurité autour de l’enclave. Des effectifs supplémentaires de la Garde civile, ainsi que des plongeurs et des unités des garde-côtes, doivent être déployés afin de sécuriser la frontière maritime.
Madrid a également indiqué travailler en coordination avec les autorités marocaines pour organiser, dans les meilleurs délais, le transfert vers le Maroc des personnes entrées irrégulièrement sur le territoire de Ceuta.
Cette nouvelle crise migratoire a rapidement suscité des réactions sur la scène politique européenne. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, ont appelé à examiner une éventuelle suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, dénonçant une immigration qu’ils qualifient d’irrégulière et d’incontrôlée.
Le gouvernement espagnol a rejeté ces déclarations, les jugeant inappropriées. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a, de son côté, plaidé pour une réponse fondée sur la solidarité entre les États membres de l’Union européenne plutôt que sur des prises de position partisanes.
Tenplar Ngwadi
