La République démocratique du Congo (RDC) envisage la mise en place d’un nouveau mécanisme national destiné à renforcer l’implication des communautés et des organisations locales dans la prévention et la réponse aux épidémies, notamment la maladie à virus Ebola.
Baptisée Action locale de lutte contre Ebola (ALLCE), cette initiative est portée par le Conseil National des Fora des ONG Humanitaires et de Développement de la RDC (CONAFOHD-RDC).
Cette proposition intervient dans un contexte où la RDC reste l’un des pays les plus touchés par les flambées d’Ebola depuis l’apparition de la maladie en 1976 dans l’ancienne province de l’Équateur. Malgré les avancées enregistrées dans la surveillance épidémiologique, la vaccination, le diagnostic et la prise en charge médicale, les différentes épidémies ont montré que la dimension communautaire demeure un facteur déterminant dans le contrôle de la transmission.
Selon les promoteurs du mécanisme, les communautés jouent un rôle essentiel dans la détection précoce des alertes, la diffusion des messages de prévention et l’acceptation des mesures sanitaires. Toutefois, les organisations communautaires, les associations de jeunes et de femmes ainsi que les ONG nationales restent confrontées à des difficultés d’accès aux financements et aux ressources techniques nécessaires pour intervenir rapidement.
L’ALLCE vise ainsi à corriger ce déséquilibre en mettant en place un système de financement directement accessible aux acteurs nationaux et communautaires engagés dans la préparation et la réponse aux urgences sanitaires. Le dispositif prévoit trois fenêtres principales : un fonds destiné aux structures communautaires de première ligne, un autre pour les ONG nationales intervenant à l’échelle provinciale, et un financement pour les consortiums capables d’assurer des interventions multisectorielles.
Le mécanisme prévoit également un dispositif de réponse rapide permettant de mobiliser des ressources en cas d’apparition d’une alerte sanitaire. Il inclut aussi des programmes de renforcement des capacités dans plusieurs domaines, notamment la gouvernance, la gestion financière, le suivi-évaluation, la prévention des abus et la redevabilité envers les communautés.
Le budget estimatif annoncé pour cette initiative s’élève à 30 millions de dollars américains sur une période de 18 mois. Selon le document de présentation, environ 60 % des ressources devraient être directement orientées vers les acteurs communautaires et nationaux, tandis que le reste servirait au renforcement institutionnel, à la coordination, au contrôle des risques et au fonctionnement du mécanisme.
Les promoteurs soulignent que les précédentes réponses contre Ebola ont permis à la RDC d’acquérir une expertise reconnue au niveau international, mais que plusieurs défis persistent, notamment la méfiance de certaines communautés, la circulation des rumeurs, les résistances aux interventions sanitaires et les difficultés de coordination entre les différents acteurs.
Au-delà d’Ebola, l’ALLCE ambitionne de contribuer au renforcement global de la sécurité sanitaire en RDC face à d’autres menaces comme le Mpox, le choléra, la rougeole ou encore la fièvre jaune. Ses initiateurs estiment qu’un investissement durable dans les capacités locales pourrait améliorer la rapidité et l’efficacité des futures réponses aux crises sanitaires.
Toutefois, la mise en œuvre effective de ce mécanisme nécessitera une clarification institutionnelle, une coordination étroite avec les autorités sanitaires nationales ainsi qu’un engagement des partenaires techniques et financiers, notamment les agences des Nations unies, les bailleurs humanitaires et les organisations spécialisées dans la santé publique.
Magloire Mutulwa
