À l’approche de la Journée mondiale du donneur de sang célébrée chaque 14 juin, le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) a réuni plusieurs médias de Kinshasa pour faire le point sur les défis du secteur transfusionnel en République Démocratique du Congo.
Au cours de ce briefing, les responsables du CNTS ont dénoncé les graves dysfonctionnements qui fragilisent le système de collecte et de distribution du sang dans le pays. Ils ont notamment insisté sur la nécessité d’une réforme profonde du secteur, marquée par une meilleure organisation, la digitalisation des donneurs et le renforcement du contrôle des collectes de sang.
Il faut parler en unités ou poches de sang, pas en litres
Les experts ont également tenu à clarifier certains termes régulièrement utilisés dans les médias. Selon eux, les statistiques relatives au sang doivent être exprimées en « unités » ou « poches de sang » et non en litres. Ils rappellent que le système transfusionnel repose sur des normes médicales précises qui permettent d’assurer la traçabilité des dons et la sécurité des patients.
Un système fragilisé par le retrait des partenaires financiers
Les responsables du CNTS expliquent que le système transfusionnel congolais fonctionnait autrefois grâce à l’appui de plusieurs partenaires internationaux, notamment la Banque mondiale, la coopération allemande ou encore l’USAID. Cependant, à partir de 2008, le retrait progressif de ces bailleurs n’a pas été compensé par des financements publics suffisants. Cette situation a plongé plusieurs structures dans de graves difficultés financières. Selon les responsables sanitaires, ce vide a favorisé l’émergence de réseaux informels de collecte de sang opérant parfois en dehors des normes médicales.
Le CNTS dénonce une « piraterie » autour du don de sang
Les autorités transfusionnelles affirment avoir découvert l’existence de circuits illégaux organisés autour du sang. Certaines personnes ou associations collecteraient gratuitement le sang dans des églises, universités ou quartiers populaires avant de revendre les poches à des hôpitaux. Le CNTS estime que ces pratiques mettent en danger à la fois les donneurs et les malades. « Nous avons trouvé une vaste piraterie dans cette affaire du don de sang », ont dénoncé les responsables, affirmant que certaines équipes prélèvent régulièrement du sang chez les mêmes donneurs sans respecter les délais médicaux obligatoires. Selon eux, cette situation peut provoquer de graves problèmes de santé chez les donneurs fréquents tout en augmentant les risques de transfusions non sécurisées pour les patients.
Des donneurs vulnérables exploités par besoin d’argent
Les responsables du centre affirment que plusieurs donneurs acceptent de céder leur sang contre de faibles sommes d’argent ou des avantages matériels. Pour le CNTS, cette pratique constitue un danger majeur, car certaines personnes économiquement vulnérables donnent leur sang de manière répétée au détriment de leur santé. Les experts soulignent également que des patients reçoivent parfois du sang de mauvaise qualité, insuffisamment contrôlé ou collecté hors du circuit officiel.
Digitalisation et traçabilité des donneurs envisagées
Afin de mieux contrôler le système, le CNTS travaille sur un projet de digitalisation des donneurs bénévoles. L’objectif est d’attribuer à chaque donneur un identifiant unique et des cartes électroniques permettant de retracer l’historique des dons et d’éviter les prélèvements rapprochés. Les responsables affirment que plusieurs mécanismes de contrôle existent déjà pour détecter les donneurs qui tentent de donner du sang trop fréquemment, même lorsqu’ils changent de site de collecte.
Des coûts élevés pour sécuriser les poches de sang
Le CNTS rappelle que chaque poche de sang doit subir plusieurs tests biologiques coûteux afin de détecter d’éventuelles maladies transmissibles. Selon les spécialistes, les réactifs nécessaires aux analyses représentent des charges financières importantes pour les structures sanitaires, surtout lorsque plusieurs poches sont finalement rejetées après dépistage. Les responsables insistent ainsi sur la nécessité d’un financement durable afin de garantir un sang sécurisé et accessible aux patients.
Les médias appelés à soutenir la sensibilisation
Le CNTS souhaite désormais établir un partenariat permanent avec les médias afin de renforcer l’éducation de la population sur le don volontaire et bénévole de sang. Les responsables estiment que seule une sensibilisation continue permettra de changer les comportements et de lutter contre les réseaux illégaux qui se développent autour du secteur transfusionnel. Ils annoncent également des campagnes de communication, des actions de proximité ainsi qu’un plan de mobilisation impliquant les autorités sanitaires, les forces de sécurité et les partenaires publics pour assainir durablement le système de transfusion sanguine en RDC.
La Gazette du Continent
