La Commission électorale nationale indépendante (Cena) a rendu son verdict dans la nuit de lundi à mardi 14 avril 2026: Romuald Wadagni, candidat de la majorité, l’emporte avec un score écrasant de plus de 94 %, selon les résultats provisoires portant sur 90 % des bulletins dépouillés. Le « dauphin » désigné succède ainsi à Patrice Talon qui, à 67 ans, quitte le pouvoir conformément à la Constitution après deux quinquennats, affirmant vouloir partir à la « retraite » sans influencer son successeur.
Face au « rouleau compresseur » de la majorité, l’unique opposant en lice, Paul Hounkpè, n’a pu inverser la tendance. Dès lundi après-midi, le chef de file de l’opposition a pris acte des grandes tendances dans un communiqué, reconnaissant une avance nette en faveur du duo Wadagni-Talata. En adressant ses « félicitations républicaines » à son adversaire, il a entériné un scrutin que de nombreux observateurs jugeaient joué d’avance, notamment en raison de l’absence du principal parti d’opposition, Les Démocrates, faute de parrainages suffisants.
Expert en finances formé à Harvard, Romuald Wadagni n’est pas un inconnu pour les Béninois. Ministre des Finances durant la dernière décennie, il est considéré comme l’architecte de la croissance économique du pays. Son élection marque une volonté de continuité avec l’ère Talon, dont le bilan est contrasté : si le pays a connu un véritable boom économique, il reste marqué par un durcissement des libertés publiques et une recrudescence des violences djihadistes dans le Nord.
Pour le nouveau président, les défis sont de taille. Au-delà de l’enjeu sécuritaire, Romuald Wadagni devra rendre la croissance béninoise plus inclusive. Alors que la pauvreté touche encore 30 % de la population, la lutte contre la précarité est l’un des axes majeurs de son programme, répondant ainsi aux attentes de nombreux citoyens qui disent ne pas encore percevoir les dividendes de la performance économique nationale.
Malgré une affluence plus faible dans les centres urbains comme Cotonou et Porto-Novo, la participation globale s’est élevée à 58,75 %, portée par les zones rurales. La mission électorale de la Cedeao a salué le « climat de paix » et la « bonne organisation » du vote. Dès lundi, la capitale économique Cotonou avait déjà retrouvé son effervescence habituelle, les commerces rouvrant leurs portes dans une atmosphère de normalité.
Il revient désormais à la Cour constitutionnelle de proclamer les résultats définitifs qui officialiseront l’entrée de Romuald Wadagni au palais de la Marina.
Tenplar Ngwadi
