Le sénateur Salomon Kalonda Della, haut cadre d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, a adressé une lettre ouverte au président de la République pour dénoncer la proposition de loi référendaire visant à modifier la Constitution. Dans ce texte au ton grave, l’élu met en garde contre ce qu’il considère comme une « faute historique » susceptible d’entraîner une crise majeure en République démocratique du Congo.
Selon le sénateur, l’introduction d’une telle initiative intervient au pire moment pour le pays, alors que la RDC traverse « l’une des crises sécuritaires et humanitaires les plus aiguës de son existence ». Il affirme s’exprimer non pas dans une logique partisane, mais au nom d’un « cri d’alarme patriotique ».
« Ce que j’écris ici n’est pas un positionnement partisan. C’est un cri d’alarme patriotique », écrit-il, estimant qu’il lui revenait, en sa qualité de sénateur, de dire « avec franchise ce que l’histoire exigera que l’on ait dit » avant que la chambre haute ne se prononce sur le texte.
Dans sa lettre, Salomon Kalonda revient sur l’histoire institutionnelle du pays, qu’il présente comme une succession de crises provoquées par la modification des textes fondamentaux au profit du maintien au pouvoir. Il rappelle que la Constitution du 18 février 2006 est issue du consensus obtenu à Sun City, au terme d’une guerre ayant coûté la vie à des millions de Congolais.
« Vouloir la démanteler aujourd’hui, c’est rompre le pacte républicain qui maintient l’unité de notre Nation », affirme-t-il.
Le sénateur estime également que cette démarche constitue une rupture avec l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi et des treize parlementaires qui, selon lui, ont combattu la dictature au prix de lourds sacrifices pour empêcher toute confiscation du pouvoir.
« Comment peut-on prétendre honorer cet héritage tout en réinstallant les mécanismes mêmes que ces pères de notre démocratie ont combattus au prix de leur vie ? C’est une insulte au sang de nos martyrs », écrit-il.
Évoquant le contexte sécuritaire, Salomon Kalonda souligne que l’État central ne contrôle plus une partie importante de l’est du pays. Dans ces conditions, il juge inapproprié d’organiser un référendum qu’il considère comme de nature à entériner davantage les divisions nationales.
Le sénateur fait également référence aux récentes mobilisations contre ce projet, notamment la journée « ville-morte » du 3 juin ainsi que la contestation du 12 juin, qu’il qualifie de « répression sanglante contre des manifestants civils et pacifiques ».
« Chaque goutte de sang versée pour lutter contre ce changement constitutionnel est une tache indélébile sur votre bilan au pouvoir, M. le Président. On ne bâtit pas une nouvelle République sur les corps de ses propres enfants », avertit-il.
Pour le haut cadre d’Ensemble pour la République, les arguments avancés par les partisans de la révision constitutionnelle, fondés sur des exemples observés dans certains pays de la sous-région, ne sauraient être transposés au contexte congolais.
« La RDC n’est pas ces pays », soutient-il, estimant que la diversité du pays, son histoire mouvementée et les convoitises qu’il suscite rendent dangereuse toute concentration excessive du pouvoir.
Selon lui, l’objectif réel de cette réforme serait d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel. Il avertit qu’un « passage en force constitutionnel » risquerait de fragiliser davantage l’État et d’offrir un prétexte aux forces favorables à la balkanisation du pays.
« Changer la Constitution pour des intérêts personnels va permettre la multiplication des crises internes, avec comme effets d’offrir sur un plateau d’argent le prétexte de la partition de notre territoire à ceux-là qui disent toujours que le Congo est grand pour ses dirigeants », écrit-il.
Alors que le Sénat poursuit l’examen du texte, Salomon Kalonda appelle la chambre haute à assumer son rôle institutionnel et à ne pas agir comme une simple chambre d’enregistrement. Il évoque notamment le précédent de Kengo wa Dondo, cité comme exemple de responsabilité politique.
Mais c’est surtout au chef de l’État qu’il adresse son ultime appel, estimant que celui-ci dispose encore de la possibilité de retirer cette proposition afin d’éviter une crise constitutionnelle aux conséquences potentiellement graves.
« L’histoire vous regarde. Elle retiendra soit que vous avez été celui qui a liquidé l’héritage démocratique de la RDC, soit celui qui, au moment décisif, a choisi la patrie plutôt que le pouvoir », écrit-il.
En conclusion, le sénateur rend hommage aux figures de l’indépendance, notamment Lumumba et Kasa-Vubu, ainsi qu’à Étienne Tshisekedi, aux treize parlementaires, à Rossy Mukendi, à Thérèse Kapangala et à « chacun de nos martyrs ». Il demande au président de la République de retirer la proposition de loi référendaire qu’il juge controversée.
« Il est encore temps, M. le Président, de rester du côté du peuple. Il est encore temps de rester du bon côté de l’histoire. Il est encore temps de sortir par la grande porte », conclut la lettre ouverte.
Keno M.
