Un mois après la déclaration officielle de l’épidémie d’Ebola en République Démocratique du Congo, les autorités sanitaires dressent un bilan marqué par une progression des cas mais également par une augmentation du nombre de guérisons.
Lors d’un briefing presse tenu le 15 juin 2026 à Kinshasa, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le Dr Roger Kamba, a présenté les dernières statistiques de la riposte tout en insistant sur les défis liés à la résistance communautaire.
Une épidémie qui a rapidement pris une dimension régionale
Le ministre de la Santé a rappelé que l’épidémie avait été officiellement déclarée le 15 mai 2026. Deux jours après cette annonce, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) confirmait la propagation du virus au-delà des frontières congolaises vers l’Ouganda, conférant ainsi à cette flambée un caractère international.
Au moment de la déclaration, trois zones de santé étaient déjà touchées : Bunia, Rwampara et Mungwalu. Cette dernière demeure aujourd’hui encore l’épicentre de l’épidémie. Mungwalu reste le point le plus chaud et le plus critique de l’épidémie », a souligné Roger Kamba.
Plus de 800 cas confirmés recensés dans trois provinces
Selon les données actualisées au 14 juin 2026, la RDC compte désormais 808 cas confirmés de maladie à virus Ebola. Les autorités ont choisi de ne communiquer que sur les cas biologiquement confirmés afin d’éviter toute confusion avec les cas suspects initialement enregistrés.
Le bilan humain s’établit à 192 décès confirmés, enregistrés aussi bien dans les centres de traitement que dans les communautés. Par ailleurs, 363 personnes sont actuellement en isolement ou sous surveillance médicale en raison d’une confirmation ou d’une suspicion de contamination.
Les autorités sanitaires notent également une évolution encourageante du nombre de guérisons. Plus de 50 patients ont déjà quitté les centres de traitement après leur rétablissement.
Une présence de la maladie dans 31 zones de santé
L’épidémie touche désormais 31 zones de santé réparties dans trois provinces. L’Ituri demeure la province la plus affectée, tandis que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu enregistrent également des cas.
Au Sud-Kivu, les autorités signalent pour l’instant trois cas confirmés. Cette extension géographique impose une mobilisation accrue des équipes de surveillance et de prise en charge sur l’ensemble des zones concernées.
La résistance communautaire, principal obstacle à la riposte
Pour le ministre de la Santé, le principal défi reste l’adhésion des communautés aux mesures de lutte contre Ebola. De nombreuses personnes continuent de considérer la maladie comme une invention ou une manipulation du système sanitaire.
Certaines familles hésitent encore à conduire rapidement les malades dans les centres de traitement.
Roger Kamba a insisté sur l’importance d’une prise en charge précoce, rappelant que le taux de mortalité est actuellement de 23 %, ce qui signifie que les patients disposent de fortes chances de survie lorsqu’ils sont traités à temps.
Il a appelé les leaders communautaires à sensibiliser davantage les populations afin de combattre les fausses croyances entourant la maladie.
Les enterrements sécurisés au cœur des préoccupations
Autre défi majeur : l’organisation des enterrements dignes et sécurisés. Selon les autorités sanitaires, certaines communautés continuent de s’opposer aux protocoles mis en place pour l’inhumation des victimes d’Ebola, alors que les rites funéraires traditionnels figurent parmi les principaux facteurs de transmission du virus.
Le gouvernement sollicite l’implication des chefs coutumiers et des leaders locaux afin de promouvoir le respect des procédures sanitaires lors des funérailles.
Des milliers de relais communautaires déployés
Afin d’améliorer l’identification rapide des cas et le suivi des contacts, le ministère de la Santé a lancé un vaste programme de déploiement de relais communautaires. Plus de 200 agents ont déjà été formés et environ 1.000 relais sont actuellement opérationnels sur le terrain. Leur nombre devrait atteindre 1.300 avant la fin de la semaine et plusieurs milliers dans les prochaines semaines.
Ces relais ont pour mission de parcourir les villages, quartiers et aires de santé afin de détecter rapidement les cas suspects et de renforcer la sensibilisation des populations. Le suivi des cas contacts reste un enjeu important. Actuellement, le taux de suivi atteint 63 %, alors que l’objectif fixé par les autorités est de 95 %.
Une riposte qui se renforce malgré les défis
Malgré les difficultés rencontrées, le gouvernement estime que la riposte progresse. Les capacités logistiques demeurent suffisantes et les équipes sanitaires poursuivent leurs interventions dans les zones affectées.
Pour les autorités, l’augmentation du nombre de cas détectés traduit également une meilleure capacité à identifier les malades au sein des communautés.
Un mois après le début de l’épidémie, les autorités sanitaires maintiennent leur vigilance et poursuivent leurs efforts pour freiner la propagation du virus, tout en appelant les populations à collaborer davantage avec les équipes de riposte.
La Gazette du Continent
