Le débat autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo continue de susciter des prises de position au sein des milieux religieux et politiques. Dimanche, le président de l’Église de Réveil au Congo, l’archevêque Evariste Ejiba Yamampia, a publiquement plaidé en faveur du changement de la Constitution lors d’un culte organisé à l’Église Pentecôtiste des Secouristes, en présence du président Félix Tshisekedi et de son épouse.
À cette occasion, le chef religieux a estimé que la Constitution actuelle pourrait constituer un obstacle au développement attendu à la suite des accords conclus avec les États-Unis.
« Nous avons les accords avec les États-Unis, c’est le moment du développement. Or avec la Constitution actuelle, ça va poser énormément de problèmes », a déclaré Evariste Ejiba Yamampia.
Selon lui, les réformes constitutionnelles annoncées nécessitent l’adhésion du « peuple de Dieu » ainsi qu’une mobilisation en vue d’un futur référendum.
« Comme envoyé de Dieu, je peux dire tout bonnement que l’idée d’envoyer le peuple au référendum, je pense, vient de Dieu », a-t-il affirmé devant le chef de l’État.
S’adressant directement à Félix Tshisekedi, l’archevêque a également déclaré : « Si Dieu te dit que tu vas continuer de régner, ne lui pose pas de question jusqu’à quand, dis seulement à Dieu : que Ta volonté soit faite. »
Très engagé dans cette dynamique, Evariste Ejiba Yamampia figure parmi les principaux soutiens ecclésiastiques du changement de la loi fondamentale promulguée en 2006 sous l’ancien président Joseph Kabila.
Il estime que l’actuelle Constitution constitue un frein au développement économique attendu dans le pays et appelle les fidèles à se tenir prêts à voter en faveur d’un changement constitutionnel lors d’un éventuel référendum.
Cette position suscite toutefois des critiques au sein même des Églises de réveil. Plusieurs responsables religieux, parmi lesquels Sony Kafuta et Moïse Mbiye, s’opposent publiquement à cette démarche.
Lors de son premier culte du dimanche 10 mai, Moïse Mbiye a dénoncé les pasteurs favorables au changement de la Constitution, les accusant d’appartenir au « camp des lépreux » qui privilégieraient « la politique » au détriment de « l’élévation de l’œuvre de Dieu ».
L’Église catholique s’oppose également à cette perspective aux côtés d’une partie de l’opposition politique, qui met déjà en garde contre un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi.
Lors de sa conférence de presse de la semaine dernière, le chef de l’État avait expliqué son intérêt pour la question constitutionnelle par un vœu formulé de son vivant par son père, Étienne Tshisekedi, qui promettait un changement de Constitution une fois l’Union pour la démocratie et le progrès social arrivé au pouvoir.
Ces prises de position interviennent alors que l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo examine un projet de loi déposé par le député Paul-Gaspard Ngondankoy visant à encadrer l’organisation d’un référendum en RDC.
Le texte, composé de 93 articles, prévoit notamment un mécanisme exceptionnel de « changement constitutionnel » passant par une Assemblée constituante, tout en maintenant formellement les dispositions de l’article 220 de la Constitution qui interdit toute révision portant sur le nombre et la durée des mandats présidentiels.
Tenplar Ngwadi
