Des figures d’extrême droite, comme le militant Tommy Robinson, avaient lancé sur les réseaux sociaux des appels à manifester, relayant une vidéo de l’attaque au couteau. « Rien ne peut excuser ni justifier les attaques commises ce soir », a condamné la première ministre nord-irlandaise, Michelle O’Neill.
De violents incidents ont éclaté, mardi 9 juin au soir à Belfast, lors de manifestations anti-immigrés, au lendemain d’une attaque au couteau attribuée à un réfugié soudanais. Un bus et des voitures ont été incendiés, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), la télévision Sky News montrant également plusieurs maisons en feu. Des habitants ont dû être évacués d’un immeuble à la périphérie du centre-ville, en proie à un incendie.
La police nord-irlandaise et les autorités britanniques avaient multiplié les appels au calme dans la journée, redoutant des débordements après qu’une vidéo de l’attaque au couteau, relayée par l’extrême droite, a choqué le pays. Des manifestants ont bloqué des axes routiers à Belfast et incendié des véhicules ainsi qu’un immeuble. « Ils ont commencé à mettre le feu à des poubelles », puis « ils ont lancé des cocktails Molotov », a expliqué à l’AFP l’un des habitants, prénommé Eemran, un ingénieur d’origine indienne.
« Tout d’un coup le feu a pris, on a eu de la fumée dans le bâtiment, et les pompiers nous ont dit de sortir », a-t-il expliqué. « C’est un peu effrayant », a dit une autre résidente, Camila Flores, une Chilienne de 36 ans arrivée il y a un mois à Belfast pour travailler dans la recherche contre le cancer à l’université. « Je comprends la colère des gens, mais on peut discuter de ces choses-là de manière plus pacifique », a-t-elle ajouté. Vers 23 heures (minuit mercredi à Paris), la manifestation semblait tirer à sa fin, en raison d’une forte pluie. « Des groupes d’hommes masqués qui incendient des maisons où vivent des familles, ce n’est rien d’autre qu’un acte de lâcheté répugnant », a condamné la première ministre nord-irlandaise, Michelle O’Neill. « Rien ne peut excuser ni justifier les attaques commises ce soir », a-t-elle ajouté sur X, appelant une nouvelle fois au calme.
Dispositif policier renforcé
« Des foyers sporadiques de troubles ont éclaté ce soir à plusieurs endroits d’Irlande du Nord », a déclaré le commissaire adjoint de la police nord-irlandaise, Ryan Henderson. Selon la BBC, des manifestations anti-immigrés se sont également tenues à Antrim, à 25 kilomètres à l’ouest de Belfast. Et des dizaines de manifestants se sont rassemblés à Southampton, dans le sud de l’Angleterre, devant un hôtel où étaient logés des demandeurs d’asile. « Pas du racisme, juste du patriotisme », proclamait une banderole.
Le dispositif policier avait été renforcé dans les rues d’Irlande du Nord après que des figures d’extrême droite, dont le militant Tommy Robinson – de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon –, avaient lancé, sur les réseaux sociaux, des appels à manifester à travers le pays. Ils ont reçu le soutien du patron de X, Elon Musk, qui les a encouragés à « manifester souvent et fortement ».
Le suspect de l’attaque au couteau, dont l’identité n’a pas été révélée, a été inculpé, mardi soir, pour tentative de meurtre, possession d’un objet tranchant ou pointu dans un lieu public et menaces de mort. Cet homme de 30 ans doit comparaître mercredi devant la justice. Alors que des personnalités d’extrême droite réclamaient des détails sur l’attaquant, notamment Nigel Farage, chef du parti ReformUK, ou Rupert Lowe, responsable du parti anti-immigration Restore, le ministère de l’intérieur a confirmé qu’il s’agissait d’un réfugié soudanais, titulaire d’un permis de séjour valable jusqu’en 2028. Selon le chef de la police nord-irlandaise, Jon Boutcher, il était arrivé au Royaume-Uni en 2023, par Paris, puis Dublin.
La piste terroriste est, à ce stade, écartée, a précisé la police, même si le motif de l’attaque reste incertain.
Albert Toussaint avec AFP
