À New York, la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies a mis en lumière les différentes lectures qui entourent le processus de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Les déclarations de Donald Trump, de la Première ministre congolaise Judith Suminwa et de Massad Boulos, conseiller du président américain pour l’Afrique, ont successivement donné trois éclairages sur l’état du processus.
Donald Trump a de nouveau présenté le conflit dans l’est de la RDC comme l’une des guerres auxquelles son administration aurait mis fin. Quelques heures plus tard, à la même tribune, Judith Suminwa a rappelé que, malgré l’accord de Washington et les engagements pris dans le cadre du processus de Doha, la paix demeure une promesse pour des millions de Congolais.
« Pour le bien de la vérité, nous devons reconnaître que pour des millions de Congolais, cette paix reste seulement une promesse », a déclaré la Première ministre, appelant à la mise en œuvre effective des engagements déjà pris plutôt qu’à l’adoption de nouveaux textes.
Massad Boulos a, de son côté, apporté une autre nuance. Dans un entretien accordé à France 24 en marge de l’Assemblée générale, le conseiller du président américain pour l’Afrique a présenté l’accord de Washington non comme l’aboutissement définitif du processus, mais comme son point de départ, reconnaissant que sa mise en œuvre prendra du temps et que le processus n’est pas achevé.
En quelques jours, trois discours ont ainsi donné trois perceptions d’une même réalité : Donald Trump proclame la fin de la guerre, Kinshasa constate que la paix reste à construire et l’émissaire américain reconnaît que le processus demeure en cours. Ces positions ne sont pas nécessairement incompatibles sur le plan diplomatique, puisqu’un accord peut être conclu avant que l’ensemble de ses effets ne se matérialise. Leur juxtaposition entretient toutefois une interrogation sur la portée exacte de l’affirmation selon laquelle la guerre aurait été « mise fin ».
À cette divergence s’est ajoutée la réaction de Kigali. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a contesté la lecture américaine concernant le respect des engagements pris dans le cadre du processus. Le Rwanda affirme avoir respecté ses obligations et accuse, de son côté, Kinshasa de ne pas avoir rempli les siennes, mettant ainsi en question l’interprétation de la médiation américaine.
Pour Lubaya Claudel André, ces prises de position successives révèlent un malaise plus profond autour de l’application des accords. L’opposant congolais estime que Washington est confronté non seulement au décalage entre ses déclarations et la réalité du terrain, mais également à des interprétations divergentes de l’exécution des engagements par les parties signataires.
Cette situation ramène, selon lui, à l’euphorie qui avait entouré le retour de Félix Tshisekedi à Kinshasa, le 5 décembre 2025, au lendemain de la signature de l’accord de Washington. Le président congolais avait alors été accueilli dans une atmosphère de célébration par des partisans de l’Union sacrée, qui présentaient l’accord comme une importante victoire diplomatique.
Lubaya Claudel André revient sur cette séquence pour s’interroger sur la portée de cette victoire proclamée au regard de la situation actuelle. Selon lui, le fait que Kinshasa reconnaisse aujourd’hui que la paix reste à construire et que Washington présente lui-même le processus comme toujours en cours montre que l’enthousiasme affiché à l’époque pouvait apparaître prématuré.
L’opposant porte une appréciation particulièrement critique sur la communication du pouvoir congolais. Il estime que Félix Tshisekedi a présenté l’accord de Washington comme la démonstration que la guerre avait été vaincue par la diplomatie, alors que les hostilités et les accusations réciproques de violations du cessez-le-feu se poursuivent.
Dans son analyse, Lubaya Claudel André affirme également que les mécanismes de surveillance et de vérification peinent à produire les effets attendus et rappelle que le premier déploiement opérationnel du mécanisme de surveillance n’est intervenu qu’en août 2026.
Pour lui, c’est donc à l’épreuve du terrain, plutôt qu’à travers les déclarations politiques, que devra être appréciée la portée réelle du processus de Washington. Il oppose ainsi les proclamations de victoire à la persistance des difficultés dans la mise en œuvre des engagements pris entre les différentes parties.
« C’est à cette réalité du terrain, et non aux proclamations hâtives de Donald Trump ni à la mise en scène euphorique du retour triomphal de Tshisekedi à Kinshasa le 5 décembre 2025, que se mesurera, en définitive, le succès ou l’échec du processus de Washington », écrit Lubaya Claudel André.
L’opposant congolais conclut son analyse par une formule en lingala : « lokuta eyaka na ascenseur, vérité emataka na escalier ».
Keno M.
