Le député national et ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, a vivement critiqué la position de l’ancien président Joseph Kabila sur la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Il lui reproche notamment son silence sur les agissements de l’AFC/M23 et le soutien attribué au Rwanda, estimant qu’une telle attitude contredit sa volonté affichée de défendre la souveraineté nationale.
Dans une déclaration écrite, Nicolas Kazadi s’interroge sur la démarche de Joseph Kabila, qui invoque le salut du Congo. « Mais comment prétendre sauver notre souveraineté en épousant la cause de ceux qui la violent ou, pire encore, en suscitant malicieusement le conflit ? », écrit-il.
Pour l’ancien ministre des Finances, le silence de Joseph Kabila sur l’AFC/M23 et le Rwanda, alors qu’il affirme que l’ancien président s’affiche aux côtés des rebelles, « n’a rien d’anodin ». Il estime que cette posture engage sa responsabilité politique et contredit sa prétention à défendre la souveraineté de la République démocratique du Congo.
Nicolas Kazadi met également en garde contre un scénario dans lequel la fin des hostilités serait suivie d’un partage du pouvoir présenté comme le prix de la paix. Il rappelle les précédents de la période 1996-2006 et les compromis issus du dialogue de Sun City, estimant que les Congolais ne devraient pas être contraints de reproduire indéfiniment cette logique.
« Il sera plus facile pour la RDC de faire une paix durable et fructueuse avec le Rwanda, dès lors que celui-ci respectera notre souveraineté, que de faire accepter aux Congolais une nouvelle édition du scénario de 1996–2006 : la guerre, puis le partage du pouvoir présenté comme le prix de la paix, sans renoncement à la violence ni responsabilité assumée », affirme-t-il.
L’ancien ministre revient par ailleurs sur le rapprochement engagé entre Kinshasa et Kigali au début de la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi. Selon lui, cette démarche a montré que les blessures du passé n’excluaient pas la coopération. Il présente cette approche comme une attitude de paix et souligne que le chef de l’État congolais a, selon lui, toujours adopté une position sans ambiguïté concernant les Congolais rwandophones, particulièrement la communauté tutsi congolaise.
Nicolas Kazadi évoque également les engagements pris à Washington en juin et décembre 2025, qu’il considère comme devant contribuer à l’instauration d’une paix durable fondée sur le respect de la souveraineté congolaise. Il estime que ces engagements ne doivent pas servir à récompenser ceux qui alimentent la guerre pour satisfaire des ambitions ou des frustrations personnelles.
Sur la question du dialogue national, le député affirme que son inclusivité doit contribuer à réconcilier les Congolais, sans pour autant permettre à une puissance étrangère de conférer un droit de gouverner le pays à ceux qui bénéficient de son soutien. Il appelle également à ne pas laisser les débats sur le bilan de la gouvernance occulter la guerre dans l’Est.
« Quels que soient les arguments des uns et des autres sur la gouvernance, rien ne saurait justifier l’agression extérieure ni absoudre ceux qui s’y associent », soutient-il.
Abordant enfin la question constitutionnelle, Nicolas Kazadi insiste sur la nécessité de respecter la Constitution, estimant qu’elle ne peut être invoquée contre le pouvoir en place tout en étant écartée lorsqu’il s’agit de conquérir ce même pouvoir par les armes. À ses yeux, ceux qui ont bénéficié du compromis de Sun City avant de reprendre les armes ne peuvent se présenter comme les gardiens de son pacte.
En conclusion, le député national estime que le temps permettra de distinguer ceux qui servent le pays de ceux qui cherchent à en tirer profit. « Il sera plus facile de faire la paix avec un ennemi extérieur qui respecte enfin notre souveraineté que de rétablir la confiance avec ceux qui l’ont gravement trahie de l’intérieur », conclut-il.
La Gazette du Continent
