Interrogé mercredi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances et actuel député national, a livré un diagnostic de l’économie congolaise et détaillé les priorités qu’il estime essentielles pour les prochaines années.
Il met notamment l’accent sur le désenclavement du pays, l’énergie et le développement du capital humain, tout en faisant du changement de mentalité le chantier qu’il considère comme le plus fondamental.
Pour Nicolas Kazadi, le désenclavement constitue la première priorité. Reprenant l’adage selon lequel « la route du développement commence par le développement de la route », il insiste sur l’urgence de renforcer les infrastructures permettant de relier les différentes parties du pays.
L’ancien ministre des Finances pointe notamment le retard considérable accumulé dans le secteur ferroviaire. Il rappelle qu’à l’indépendance, la RDC disposait de plus de 5 000 kilomètres de voies ferrées, contre seulement un millier aujourd’hui encore fonctionnels, avec un niveau d’exploitation qu’il évalue à peine à 10 % de leur capacité initiale.
Dans ce contexte, il salue la signature récente de la concession du corridor de Lobito, qu’il qualifie de « fait historique », après soixante années de stagnation, voire de dégradation, du réseau ferroviaire congolais. Il appelle toutefois à accélérer cette dynamique et à sortir des « sentiers battus » en matière de gouvernance et de financement.
L’énergie et l’accès à l’eau parmi les priorités
Le deuxième grand chantier identifié par Nicolas Kazadi concerne l’énergie. Il reconnaît un retard important dans la concrétisation du méga-projet Inga et appelle à accélérer les efforts non seulement en matière de production, mais également dans le transport et la distribution de l’électricité.
L’ancien ministre révèle à ce sujet que près de 40 % de l’énergie produite et gérée par la SNEL serait perdue. Il attribue notamment ces pertes à des câbles défectueux entre les stations et les foyers, ainsi qu’au piratage du réseau.
Pour Nicolas Kazadi, la question énergétique ne peut par ailleurs être dissociée de celle de l’accès à l’eau, qu’il considère comme indispensable au développement industriel du pays.
Le capital humain, un chantier jugé fondateur
Au-delà des infrastructures, Nicolas Kazadi insiste sur la nécessité de mieux prendre en charge la ressource humaine congolaise. Cette priorité passe, selon lui, par la formation, mais également par un changement de mentalité.
Il considère ce changement comme le chantier prioritaire et fondateur de l’ensemble du développement du pays, estimant que la réussite des politiques publiques dépend également de la manière dont les Congolais sont préparés à les mettre en œuvre.
Les engagements de 2019 : un processus toujours en cours
Au cours du même échange, Nicolas Kazadi a également été interrogé sur les trois grands engagements pris par Félix Tshisekedi lors de son arrivée au pouvoir en 2019 : l’État de droit, la lutte contre la corruption et l’amélioration des conditions de vie.
L’ancien ministre des Finances refuse de dresser une liste tranchée entre promesses tenues et promesses non tenues. Il préfère présenter le bilan du régime comme un processus toujours en cours plutôt que comme un exercice figé.
Sur l’amélioration des conditions de vie, il met notamment en avant la politique de gratuité de l’enseignement. Il reconnaît que celle-ci a été imparfaite à ses débuts, mais estime qu’elle a clairement été engagée, à travers les budgets mobilisés, le recrutement d’enseignants et la revalorisation salariale destinée à réduire la pression des contributions scolaires sur les parents.
À ses yeux, ces mesures ont eu un impact réel sur la pauvreté des citoyens. Il cite également la gratuité de l’accouchement et le chantier de la couverture santé universelle comme des avancées inédites depuis plusieurs décennies.
Une trajectoire économique jugée positive malgré les défis
Interrogé sur la trajectoire économique de la RDC sous l’UDPS, Nicolas Kazadi dit avoir choisi de ne pas multiplier les chiffres, estimant qu’un excès de données pourrait semer la confusion. Il préfère mettre en avant une trajectoire globale qu’il juge éloquente.
Selon lui, la RDC connaît, pour la première fois depuis plus de trente ans, un véritable élan de reprise économique, soutenu par des fondamentaux qu’il considère comme solides et par la relance du secteur minier.
Il reconnaît néanmoins la persistance de plusieurs défis, notamment la diversification de l’économie et le déficit énergétique. Sa vision repose ainsi sur plusieurs priorités : diversifier l’économie, renforcer le secteur énergétique et investir davantage dans le capital humain.
La gratuité de l’enseignement primaire constitue, selon lui, une première étape qu’il convient désormais d’approfondir et d’accélérer. Cette dynamique, affirme-t-il, a été perçue positivement par la communauté internationale.
Le conflit dans l’Est, un frein à la dynamique économique
Nicolas Kazadi estime cependant que cette trajectoire favorable a été compromise par le conflit dans l’Est du pays. Il attribue cette situation à ce qu’il qualifie de « forces obscures » cherchant à empêcher la RDC de réaliser pleinement son potentiel.
L’ancien ministre inscrit cette lecture dans une continuité historique. Selon lui, chaque période de progrès du pays aurait été perturbée par des interventions extérieures, un phénomène qu’il fait remonter à des époques antérieures.
Il cite notamment la reprise du conflit armé en 2022, intervenue selon lui alors que la RDC affichait une dynamique positive sur les plans politique, économique et social.
Pour Nicolas Kazadi, les difficultés auxquelles le pays reste confronté doivent ainsi être distinguées entre celles liées au conflit armé et celles qui relèvent de la gouvernance.
Sur ce dernier aspect, il reconnaît que la mise en œuvre des orientations politiques dépend de la capacité et de l’éthique des cadres congolais chargés de leur exécution, ce qui peut expliquer certains ratés. Il estime toutefois que ces difficultés d’exécution ne remettent pas en cause la trajectoire de fond impulsée depuis 2019.
Tenplar Ngwadi
