La République Démocratique du Congo (RDC) et le Groupe de la Banque mondiale veulent faire des infrastructures de transport un moteur de croissance économique, de compétitivité commerciale et d’intégration régionale.
Cette ambition a été au centre d’une consultation sectorielle organisée le 12 octobre 2026 à Kinshasa, sous la direction de la Cellule Infrastructures, dans le cadre de la préparation du prochain Cadre de partenariat-pays (CPP) pour la période 2027-2036.
Cette stratégie décennale vise à inscrire les investissements dans la durée, en privilégiant le développement de corridors économiques, la modernisation des infrastructures multimodales et la réduction des coûts logistiques. Les échanges ont réuni les représentants du Gouvernement congolais et de la Banque mondiale autour des priorités du secteur des transports et de leur contribution au développement national.

Un déficit d’infrastructures qui freine le développement
Pour Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale en RDC, le déficit d’infrastructures constitue l’un des principaux obstacles au développement économique du pays. Il a rappelé qu’aucun État ne peut construire une économie compétitive sans disposer de routes praticables, de voies navigables opérationnelles, de chemins de fer performants et d’aéroports bien connectés.
Selon les données présentées lors des échanges, moins de 5 % des routes congolaises sont bitumées, contre une moyenne continentale estimée à 25 %. Cette insuffisance limite la circulation des personnes et des marchandises, renchérit les coûts de transport et complique l’accès des populations aux services sociaux de base.
Les conséquences économiques des accidents de la route ont également été évoquées. Ceux-ci occasionneraient des pertes évaluées à environ 2,8 milliards de dollars américains par an, soit près de 5 % du produit intérieur brut (PIB). Ces chiffres illustrent l’ampleur des défis auxquels le pays doit répondre pour améliorer la sécurité routière et préserver son potentiel économique.
Transformer la position géographique de la RDC en avantage commercial
Située au cœur de l’Afrique et partageant ses frontières avec neuf pays, la RDC dispose d’atouts géographiques importants pour développer les échanges régionaux. Son réseau fluvial, présenté comme le deuxième plus vaste au monde, constitue également un levier potentiel pour le transport des marchandises et la connexion aux marchés. Cependant, ces avantages restent insuffisamment exploités en raison du manque de liaisons entre les différents modes de transport et des coûts logistiques élevés.
L’objectif poursuivi par le Gouvernement et la Banque mondiale est donc de transformer ces atouts en véritables corridors de développement, capables de relier les bassins de production agricole, minière, industrielle et énergétique aux centres de consommation et aux marchés extérieurs. Cette approche suppose une meilleure articulation entre les routes, les chemins de fer, les voies navigables, les ports et les infrastructures aéroportuaires. Elle implique également de renforcer la connectivité numérique, l’accès à l’énergie et les mécanismes de facilitation des échanges commerciaux.
Près de 1,8 milliard de dollars américains mobilisés depuis 2008
Le Groupe de la Banque mondiale a mobilisé près de 1,8 milliard de dollars américains en faveur du secteur des transports en RDC depuis 2008, selon les données présentées par son directeur des opérations. Parmi les initiatives mises en avant figure le projet dénommé « PATH », associé à un engagement global de 1,5 milliard de dollars américains le long de la route nationale numéro 2. Ce programme figure parmi les investissements les plus ambitieux évoqués dans le cadre du développement des infrastructures du pays.
Il vise à améliorer les connexions entre Kinshasa, le centre du pays et les provinces de l’Est, à travers des projets destinés à renforcer la circulation des personnes et des marchandises, notamment dans le Kasaï et d’autres provinces concernées.
Au-delà des investissements routiers, la nouvelle stratégie entend promouvoir des infrastructures multimodales intégrant les transports, l’énergie et le numérique. L’ambition est de renforcer la complémentarité entre les projets afin que les infrastructures contribuent durablement à la croissance économique.
Gouvernance et secteur privé : deux leviers indispensables
La réalisation des objectifs fixés à l’horizon 2036 dépendra également de réformes structurelles. La gouvernance du secteur et le renforcement des capacités institutionnelles figurent parmi les priorités identifiées. Pour les participants, la construction d’infrastructures ne suffit pas. Leur entretien, leur gestion et leur exploitation doivent être assurés dans la durée afin d’éviter que les investissements ne se traduisent par des dépenses ponctuelles sans bénéfices durables pour l’économie.

La mobilisation des capitaux privés constitue un autre enjeu majeur. Face à l’ampleur des besoins, les ressources publiques ne peuvent, à elles seules, financer tous les projets nécessaires. Le Gouvernement entend donc favoriser la participation du secteur privé, notamment grâce à un cadre réglementaire plus prévisible et propice aux investissements.
La résilience climatique est également au centre des préoccupations. Les nouvelles infrastructures devront mieux résister aux inondations et aux autres risques climatiques, tout en répondant aux besoins des petites et moyennes entreprises (PME), des femmes et des jeunes.
Le PNSD fixe le cap vers 2030 et 2040
Prenant part à cette consultation, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza, a rappelé la place des transports dans la vision nationale de développement.
À travers le Plan national stratégique de développement (PNSD), la RDC ambitionne d’accéder au statut de pays à revenu intermédiaire d’ici 2030 et de devenir un pays émergent à l’horizon 2040.
La réalisation de ces objectifs repose notamment sur le développement des infrastructures de transport, de production d’eau et d’électricité. Ces secteurs doivent soutenir la transformation des chaînes de valeur, la création de richesses, la diversification de l’économie et le renforcement de sa capacité à résister aux chocs extérieurs.
Le système de transport congolais comprend notamment 58.127 kilomètres de routes nationales, 85.000 kilomètres de routes d’intérêt agricole, des voiries urbaines et un important réseau de voies navigables. Il compte également des lignes ferroviaires, deux ports maritimes, dont celui de Matadi, une cinquantaine de ports fluviaux ainsi que plus de 500 aéroports, aérodromes et pistes d’aviation.
Malgré l’étendue de ce réseau, les coûts d’exploitation et de transport restent élevés. Pour le Gouvernement, la priorité consiste donc à améliorer la qualité des infrastructures existantes, à développer les connexions manquantes et à mieux orienter les investissements vers les corridors présentant un potentiel agricole, minier, industriel ou énergétique.
Juline Paluku plaide pour une planification sur dix ans
Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a salué l’élaboration d’un cadre de partenariat couvrant dix années. Selon lui, cette démarche doit permettre de dépasser les interventions de courte durée et d’inscrire les priorités nationales dans une programmation cohérente. « Cela nous permet de nous inscrire dans la durée pour que nos planifications que nous mettons ensemble aujourd’hui puissent vraiment durer et se consolider davantage, et nous permettre d’atteindre nos objectifs ».
Le ministre a insisté sur le potentiel commercial considérable de la RDC, tout en soulignant que les coûts logistiques constituent un frein majeur à la compétitivité des produits congolais sur les marchés régionaux et internationaux. Il attend de cette consultation l’élaboration de feuilles de route claires, permettant de préciser les actions à mener et d’améliorer la synergie entre les transports, les infrastructures, la connectivité et le commerce extérieur.
Pour Julien Paluku, la RDC doit mieux exploiter sa position géographique au centre du continent afin de participer davantage aux échanges régionaux et de contribuer au développement économique de l’Afrique.
Des corridors multimodaux pour désenclaver le pays
Le ministre du Commerce extérieur a également plaidé pour la construction et la modernisation d’infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires fonctionnant de manière complémentaire. Il a fait référence à la formule attribuée à Frantz Fanon, selon laquelle « l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve ici », pour illustrer la position stratégique de la RDC sur le continent.
Julien Paluku a toutefois tenu à préciser que cette image devait être comprise dans une perspective de développement et non de conflit. Pour lui, la RDC doit devenir un point de départ et un moteur de la transformation économique africaine. Il a, par ailleurs, remercié la Banque mondiale pour son accompagnement et l’a invitée à poursuivre son engagement dans le cadre des discussions engagées, notamment à Luanda, à Lusaka et à Washington.
L’enjeu, a-t-il souligné, est de permettre au pays de sortir progressivement de son enclavement économique et de mieux connecter ses zones de production aux marchés.
L’horizon 2036 comme échéance de transformation
Le ministre du Commerce extérieur a enfin défendu la nécessité de dépasser les préoccupations immédiates pour construire une vision à long terme. Il a reconnu que les échéances éloignées, comme 2036, peuvent sembler abstraites à une population confrontée à des difficultés quotidiennes. Il estime néanmoins qu’un pays de la dimension de la RDC ne peut construire sa prospérité sans planification sur dix, quinze ou vingt ans.
La consultation sectorielle du 12 octobre 2026 ouvre ainsi une nouvelle étape dans la préparation du partenariat entre le Gouvernement congolais et la Banque mondiale pour la période 2027-2036. La réussite de cette stratégie dépendra de la traduction des orientations annoncées en projets concrets, de la mobilisation des financements, de la qualité de leur exécution et de la capacité des institutions à assurer la continuité des investissements.
À terme, l’objectif est de faire des infrastructures de transport un instrument de désenclavement, de réduction des coûts logistiques, de stimulation du commerce extérieur et d’intégration de la RDC dans les circuits économiques africains et internationaux.
La Gazette du Continent
