L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a vivement critiqué le pouvoir de Félix-Antoine Tshisekedi, dénonçant des « records inédits » de répression et de corruption. Dans une adresse rendue publique ce vendredi 9 octobre, il a également accusé les autorités de vouloir modifier la Constitution à tout prix et annoncé de nouvelles initiatives pour, selon lui, contribuer à sortir le pays de la crise.
Dans son intervention, Joseph Kabila affirme que les emprisonnements de cadres de l’opposition, d’activistes des droits humains, de journalistes et d’autres citoyens, ainsi que les assassinats et massacres qui, selon lui, n’ont pas donné lieu à des poursuites judiciaires sérieuses ni à des sanctions, ont atteint « des records inédits ». Il dénonce également une aggravation des pratiques de mauvaise gouvernance, estimant que « les contrats léonins, la corruption et le détournement ne se sont jamais mieux portés ».
L’ancien chef de l’État s’en est particulièrement pris à la volonté attribuée au pouvoir actuel de modifier la Constitution. Il considère cette démarche comme une remise en cause du pacte républicain hérité de Sun City. Pour étayer son accusation, il évoque la reprise des travaux parlementaires sur la proposition de loi relative au référendum, les campagnes de sensibilisation et les manifestations organisées par les partisans du pouvoir en faveur du changement constitutionnel, ainsi que la répression violente des manifestations contre ce qu’il qualifie de « projet funeste ».
Face à cette situation, Joseph Kabila se montre particulièrement pessimiste quant aux perspectives de sortie de crise. « Il n’y a rien, mais alors rien du tout à attendre du pouvoir actuel », affirme-t-il, estimant que les initiatives des autorités ne permettent pas d’envisager une issue favorable à la situation du pays.
L’ancien président a également mis en cause la conduite des institutions et la gestion des engagements pris par le chef de l’État. Il reproche à Félix Tshisekedi son « inconstance », l’accusant de ne reconnaître aucun échec, de ne tenir ni parole ni promesse et de ne respecter aucun engagement. Selon lui, cette attitude lui aurait fait perdre « toute légitimité » aux yeux de la population. Il déplore par ailleurs que ceux qui étaient censés garantir le bon fonctionnement des institutions aient privilégié « la surenchère du culte de la personnalité ».
Sur le plan international, Joseph Kabila a abordé l’accord conclu avec Washington sur les minerais critiques. Il met en garde contre ce qu’il considère comme une confiance excessive du pouvoir dans le soutien américain à la suite de cet accord. Pour l’ancien président, celui-ci ne garantit pas la pérennité des régimes en place, puisqu’il s’agit d’un engagement entre États, dont les droits et obligations reposent sur « le principe de la continuité de l’État », et non sur le maintien des dirigeants au pouvoir.
Concluant son adresse sur un ton alarmant, Joseph Kabila a lancé : « Le Congo est en péril ». Pour lui, sauver le pays constitue désormais « un impératif et une urgence ». Il estime que le peuple congolais a été « trahi par celui qui avait fait le serment de le protéger » et qu’il se trouve désormais à un tournant décisif.
« Rendez-vous avec l’histoire », le peuple congolais doit, selon l’ancien président, « se prendre en charge aujourd’hui » sous peine de « trahir son destin de grandeur ».
Joseph Kabila a enfin annoncé de nouvelles initiatives dans les prochains jours. « N’étant pas de ceux qui se dérobent à leur devoir », il affirme vouloir partager « dans les heures, jours et semaines à venir » sa conviction sur les actions à entreprendre collectivement face à « la gravité et à l’urgence de la situation ».
Cette annonce clôt une adresse dans laquelle l’ancien président a multiplié les critiques contre le pouvoir en place et appelé les Congolais à prendre leurs responsabilités face à ce qu’il décrit comme une crise majeure.
La Gazette du Continent
