Dans une nouvelle adresse prononcée ce vendredi 9 octobre 2026, l’ancien président congolais Joseph Kabila a vivement critiqué la gouvernance de la République démocratique du Congo (RDC), estimant que le pays traverse une crise politique, sécuritaire et institutionnelle majeure.
« Notre pays n’est plus une république, encore moins démocratique », a-t-il déclaré, mettant directement en cause la manière dont le pouvoir actuel est exercé.
Revenant sur son bilan, Joseph Kabila a affirmé avoir hérité, en janvier 2001, d’un pays en « état de déliquescence totale », avant de transmettre le pouvoir, le 24 janvier 2019, à un successeur à la tête d’un pays « réunifié, largement pacifié ». Il a également mis en avant des institutions fonctionnelles, une économie « dynamique et résiliente » ainsi qu’une armée « de plus en plus professionnelle ».
Depuis l’alternance politique, estime l’ancien chef de l’État, l’existence même de la RDC en tant que nation et État serait « de nouveau menacée ». Sans nommer Félix Tshisekedi, il l’accuse de gouverner selon sa « seule volonté », plutôt que dans le respect de la Constitution. Il compare cette manière d’exercer le pouvoir à celle d’« Ivan le Terrible » et reproche au chef de l’État de considérer le Congo comme « une propriété privée ».
« La cohésion nationale a volé en éclats »
Poursuivant ses critiques, Joseph Kabila a dénoncé les conséquences qu’il juge « logiques, mais aussi tragiques » d’une gouvernance qu’il qualifie d’« irresponsable et surannée ». Selon lui, la cohésion nationale « a volé en éclats », tandis que la paix et le vivre-ensemble ont cédé la place aux conflits identitaires, à l’insécurité et à la guerre.
L’ancien président a rappelé avoir proposé, lors de sa précédente intervention, une « thérapie de choc en 12 points » destinée, selon lui, à « redresser la barre ». Il affirme toutefois que ses propositions, mises en garde et conseils formulés dans son adresse du 23 mai 2025 ont été « superbement ignorés » par les gouvernants. Il estime que cette absence de changement dans les politiques publiques a contribué à une dégradation continue de la situation du pays.
Sur le plan sécuritaire, Joseph Kabila accuse le pouvoir de faire le choix « politiquement intéressé » de poursuivre une guerre qu’il juge impossible à gagner, malgré les revers répétés des Forces armées de la RDC (FARDC).
Il reproche notamment aux autorités le non-respect du cessez-le-feu signé à Doha, leur collaboration présumée avec les Maï-Maï « rebaptisés Wazalendo », les FDLR et d’autres groupes armés étrangers, ainsi que leur approvisionnement en armes. Il dénonce également les bombardements de populations civiles et le « refus catégorique » d’organiser un dialogue national véritablement inclusif.
« Pour Tshisekedi, le dialogue n’est pas une option »
Joseph Kabila a également fustigé le rejet, par le pouvoir, de plusieurs initiatives de paix fondées sur le dialogue. Il cite notamment celles de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), de l’Union africaine et de pays amis.
L’ancien président déplore que l’initiative des évêques catholiques de la CENCO et des protestants de l’ECC en faveur de la paix et du vivre-ensemble, qu’il présente comme soutenue par la majorité de la population ainsi que par des forces politiques et sociales, ait également essuyé un refus.
« Face à la crise, il ne cherche pas la solution, mais la soumission, sans discussion ni condition, de tous ceux qui ne partagent pas ses idées et ses méthodes », a-t-il déclaré.
À travers cette nouvelle adresse, Joseph Kabila renouvelle ainsi ses critiques contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, qu’il accuse d’aggraver les crises politique et sécuritaire du pays et de fermer la voie à un dialogue national inclusif.
La Gazette du Continent
