Chef de la délégation gouvernementale au Dialogue intercongolais de Sun City, Léonard She Okitundu est revenu, lundi 21 septembre 2026, sur les tractations qui ont marqué l’un des épisodes majeurs de l’histoire politique récente de la République démocratique du Congo.
Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Joseph Kabila a livré sa lecture des négociations, en mettant particulièrement l’accent sur la question du statut du chef de l’État.
Selon Léonard She Okitundu, l’un des principaux enjeux pour la délégation gouvernementale était de faire reconnaître Joseph Kabila comme président de la République, alors que le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et le Mouvement de libération du Congo (MLC) souhaitaient le considérer comme « un des chefs de camp », au même titre que les responsables des mouvements rebelles.
Cette approche n’aurait finalement pas prévalu, explique l’ancien chef de la diplomatie congolaise. La communauté internationale considérait, selon son récit, que le processus devait s’organiser autour du président de la République. « Il était chef de l’État et on ne pouvait pas le considérer comme chef d’un camp », résume-t-il.
La formule « 1+4 » au cœur du compromis
Pour Léonard She Okitundu, cette position a directement contribué à l’architecture du gouvernement de transition issu du processus de Sun City, connue sous la formule « 1+4 ».
Joseph Kabila a été maintenu à la tête de l’État, tandis que quatre postes de vice-président ont été attribués aux différentes composantes du processus de transition. Cette architecture devait permettre de réunir au sein des institutions les principales forces issues de la période de conflit.
Interrogé sur les concessions les plus difficiles consenties par le camp Kabila, Léonard She Okitundu estime qu’il n’y en aurait pas eu de véritablement douloureuses.
« Le but principal, c’était la réunification du pays et la réconciliation entre le gouvernement de l’époque et les responsables rebelles », explique-t-il.
Selon son récit, le principal point de blocage est apparu autour d’une demande formulée par les représentants des mouvements rebelles : les participants au dialogue, considérés comme représentant la nation, devaient confirmer la légitimité de Joseph Kabila comme président de la République.
« C’est là que ça a coincé », raconte l’ancien ministre, affirmant que Joseph Kabila avait catégoriquement refusé cette démarche et qu’il avait bénéficié, sur cette question, du soutien de la communauté internationale.
« Une grande concession » des rebelles
Léonard She Okitundu propose ainsi une lecture particulière du compromis obtenu à Sun City. Selon lui, ce sont plutôt les mouvements rebelles qui auraient effectué « une grande concession » en acceptant de reconnaître Joseph Kabila comme chef de l’État, sa légitimité découlant, dans cette logique, du fait qu’il occupait déjà cette fonction.
En contrepartie, les responsables des mouvements rebelles ont obtenu des postes de vice-président dans le dispositif de transition. La formule « 1+4 » est ainsi devenue l’une des principales caractéristiques de cette période politique.
Le cas d’Étienne Tshisekedi
L’ancien chef de la diplomatie congolaise est également revenu sur la question de la vice-présidence qui aurait été envisagée pour l’UDPS d’Étienne Tshisekedi.
Sur ce point, Léonard She Okitundu estime que le refus serait venu de l’opposant historique lui-même. « Je crois que c’est le président Tshisekedi lui-même qui ne voulait pas ce poste », affirme-t-il.
Selon lui, la fonction était ouverte à Étienne Tshisekedi, mais celui-ci l’aurait refusée « pour des raisons que lui-même doit maîtriser ». Léonard She Okitundu considère néanmoins qu’une place importante lui était réservée dans ce gouvernement qu’il décrit comme « un peu atypique ».
La participation de l’UDPS aurait, selon son analyse, été favorablement accueillie par l’opinion et aurait donné « tout son sens » à la réconciliation nationale.
À travers ce retour sur les négociations de Sun City, Léonard She Okitundu met ainsi en avant les débats qui avaient opposé les différentes composantes du Dialogue intercongolais autour du statut de Joseph Kabila, de la répartition des responsabilités et de la construction du gouvernement de transition.
Tenplar Ngwadi
