L’Action des Jeunes pour le Bien-être Social (AJBS) alerte sur une série de faits qu’elle qualifie de graves violations des droits humains au sein de la société d’exploitation forestière Booming Green, à Yakata, dans le secteur de Boso-Simba, territoire de Bongandanga, dans la province de la Mongala.
Dans une correspondance datée du 28 septembre 2026 et adressée au ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, l’organisation demande une intervention urgente des autorités judiciaires. Elle évoque cinq dossiers et dénonce ce qu’elle présente comme une impunité persistante.
Un décès en forêt au cœur des préoccupations
Le premier dossier concerne la mort d’Alphonse Mbeka Lingomo, survenue en février 2025.
Selon l’AJBS, le 14 février 2025, trois travailleurs de Booming Green, dont un ressortissant malaisien identifié comme Embaus et deux Congolais, Alphonse Mbeka Lingomo et Azapa Bandilisi, avaient été envoyés en forêt pour des travaux de débardage. Seuls deux d’entre eux seraient revenus à Yakata le soir même. Le corps de Mbeka Lingomo aurait été retrouvé quatre jours plus tard, enterré dans un trou en pleine forêt.
L’organisation affirme que le suspect malaisien aurait ensuite fui vers Bumba, avant d’être interpellé et détenu sur ordre du Parquet général, puis libéré 48 heures plus tard. L’AJBS dénonce l’absence, selon elle, d’une enquête aboutie et demande la réouverture de ce dossier.
Des défenseurs autochtones accusés de torture
L’AJBS évoque également le dossier enregistré sous la référence RPM 001/MKV auprès de l’Auditorat militaire de la Mongala. Deux membres des peuples autochtones pygmées et défenseurs de la forêt, Boengela Kombe et Ifefo Monganga, auraient été arrêtés, détenus et torturés après avoir dénoncé, selon l’organisation, la destruction de la forêt attribuée à Booming Green.
L’AJBS affirme que des mandats d’amener auraient été émis contre certains auteurs présumés, sans que ceux-ci soient inquiétés à ce jour.
Une nouvelle accusation de violences physiques
Autre fait rapporté : une agression qui aurait eu lieu le 9 septembre 2026 à Yakata. L’AJBS accuse un conducteur de Poclain de nationalité malaisienne, identifié comme Erdiung, d’avoir violemment agressé Romain Ngbongo Kombe, un Congolais, jusqu’à provoquer sa perte de connaissance, en présence de témoins.
L’organisation indique avoir saisi le Procureur général de la Mongala à travers une dénonciation datée du 9 septembre 2026, mais affirme n’avoir obtenu aucune suite à ce jour.
L’existence alléguée d’un cachot privé
L’AJBS dénonce par ailleurs l’existence d’un cachot qu’elle présente comme privé et installé dans l’enceinte de Booming Green à Yakata. Selon l’organisation, des membres de la communauté locale ou des peuples autochtones arrêtés par la société seraient conduits dans ce lieu avant d’être éventuellement présentés aux autorités judiciaires compétentes.
L’AJBS estime que cette pratique serait contraire aux dispositions légales relatives à la détention et à l’arrestation. Elle affirme que le dossier est déjà devant le Parquet près le Tribunal de Grande Instance de Lisala, sans avancée significative à ce stade.
Le décès d’un enfant également dénoncé
Le cinquième dossier concerne la mort d’un enfant présenté comme celui du chef de groupement suspendu de Boso-Simba. D’après le récit de l’AJBS, alors que l’enfant malade recevait une transfusion sanguine, le chef de secteur de Boso-Simba serait arrivé accompagné de policiers et aurait fait interrompre le prélèvement en cours, avant l’arrestation du père.
L’organisation affirme que l’enfant serait décédé environ trois heures après le transfert de son père vers Lisala, après avoir ainsi été privé, selon elle, des soins en cours. Ces accusations, particulièrement graves, sont présentées dans la correspondance de l’AJBS et nécessitent, le cas échéant, des investigations des autorités compétentes afin d’établir les responsabilités.
L’AJBS demande une intervention judiciaire
Au regard de ces différents dossiers, l’organisation affirme constater une situation d’impunité et demande au ministre de la Justice plusieurs mesures. Elle sollicite le dessaisissement de certains dossiers actuellement traités par les parquets de Lisala et de Bumba au profit du Parquet général près la Cour de cassation.
L’AJBS demande également la réouverture et l’instruction du dossier concernant Alphonse Mbeka Lingomo, ainsi que l’arrestation du suspect malaisien qu’elle identifie sous le nom d’Embaus.
Enfin, elle réclame une mission d’inspection judiciaire en Mongala afin d’examiner le fonctionnement de Booming Green et son respect du Code du travail ainsi que de la législation congolaise relative à l’exploitation forestière.
La correspondance a été adressée, pour information, à plusieurs autorités nationales et provinciales, dont les ministères de l’Environnement et des Droits humains, l’Agence nationale des renseignements, la Direction générale de migration, la Cour de cassation, la Commission nationale des droits de l’homme et le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme.
Les accusations contenues dans cette dénonciation restent à confronter aux éléments d’enquête et aux éventuelles explications de Booming Green et des autorités mises en cause.
La Gazette du Continent
