Alors que le Collectif des chauffeurs du Congo, par la voix de son président Emery Kasongo, annonce le report de la grève à une date ultérieure, la Corporation des associations des chauffeurs de Kinshasa maintient la cessation de travail prévue lundi 19 et mardi 20 octobre 2026.
La Mutuelle pour la solidarité des chauffeurs au Congo (MSCC ASDT ASBL) apporte son soutien à ce mouvement, tandis que l’APROCHAT appelle également les conducteurs à rester à la maison.
La grève annoncée dans le secteur du transport en commun à Kinshasa suscite des positions contradictoires au sein des organisations professionnelles. À deux jours de la mobilisation prévue les 19 et 20 octobre 2026, les chauffeurs reçoivent des consignes divergentes, poursuivre normalement leurs activités ou observer un arrêt de travail.
D’un côté, Emery Kasongo, président du Collectif des chauffeurs du Congo, annonce le report du mouvement, évoquant la situation sécuritaire du pays et la disponibilité des autorités à engager un dialogue. De l’autre, la Corporation des associations des chauffeurs de la ville de Kinshasa, soutenue notamment par la MSCC ASDT ASBL, confirme le maintien de la grève pour obtenir des réponses aux revendications du secteur.
Emery Kasongo privilégie le dialogue et annonce un report
Le président du Collectif des chauffeurs du Congo affirme que plusieurs associations ont décidé de reporter la grève à une date ultérieure. Il explique cette décision par la nécessité de privilégier l’apaisement et de donner une chance aux discussions avec les autorités.
« Au regard de la situation sécuritaire que traverse notre pays actuellement, nous privilégions la paix. Ainsi donc, nous informons les chauffeurs que la grève qui était prévue les 19 et 20 octobre 2026 est reportée à une date ultérieure », déclare Émeri Kasongo.
Il affirme que les autorités se sont montrées disposées à recevoir les représentants des chauffeurs afin d’examiner leurs préoccupations.
Le responsable appelle ainsi les conducteurs à poursuivre normalement leurs activités, estimant que le dialogue pourrait permettre de dégager des solutions aux difficultés rencontrées dans l’exercice de leur métier. Cette position est toutefois loin de faire l’unanimité au sein de la corporation.
La Corporation des associations maintient la grève
Par la voix d’Éric Manianga, président de l’Association des chauffeurs Mopila ASBL et porte-parole de circonstance de la Corporation des associations des chauffeurs de la ville de Kinshasa, les organisations favorables à l’arrêt de travail confirment leur mobilisation pour les lundi 19 et mardi 20 octobre 2026.
Elles appellent les chauffeurs à rester à la maison durant ces deux journées, dans un esprit de discipline, de solidarité, de responsabilité et de civisme, sans violence ni intimidation.
La Corporation présente cette cessation de travail comme un moyen de pousser les autorités à apporter des réponses concrètes aux difficultés qui affectent le transport urbain dans la capitale.
Parmi ses principales revendications figurent la transparence dans la gestion de la taxe de stationnement ; la construction et l’aménagement de parkings et d’arrêts de bus et de taxis-bus ; la révision des tarifs officiels du transport en commun ; la lutte contre les embouteillages récurrents à Kinshasa ; l’amélioration des conditions de travail des chauffeurs de véhicules de transport avec chauffeur (VTC) ; l’encadrement des versements journaliers imposés par les propriétaires de véhicules ; la mise en place d’un cadre permanent de concertation avec les autorités provinciales.
La Corporation sollicite l’implication du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et du gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, pour trouver des solutions durables aux préoccupations des professionnels du transport. Elle demande également au gouvernement provincial de prendre les dispositions nécessaires pour limiter les conséquences de cette mobilisation sur les déplacements des habitants.
La MSCC ASDT ASBL apporte son soutien à la mobilisation
La Mutuelle pour la solidarité des chauffeurs au Congo (MSCC ASDT ASBL), par l’intermédiaire de son président et délégué général, Chardin Ngoie, soutient l’appel à la cessation de travail lancé par la Corporation des associations des chauffeurs de Kinshasa. Dans son message, cette structure appelle les chauffeurs professionnels, les propriétaires de véhicules, les responsables associatifs et les autorités compétentes à faire preuve d’unité et de responsabilité face aux revendications du secteur.
Chardin Ngoie insiste sur la nécessité de lutter contre la fraude, l’incivisme routier et fiscal, tout en améliorant la transparence dans la gestion des recettes issues de la taxe de stationnement.
La MSCC ASDT ASBL réclame également la construction d’arrêts et de parkings modernes. Elle propose que les investissements consacrés à l’aménagement et à l’embellissement des espaces urbains puissent contribuer à la réalisation de ces infrastructures, citant le boulevard Lumumba et le rond-point UPN parmi les sites concernés.
La mutuelle plaide par ailleurs pour l’application du plan de délocalisation des arrêts et parkings proposé par l’Alliance des associations des chauffeurs professionnels de la République Démocratique du Congo.
Hausse des coûts et conditions de travail au cœur des revendications
Au-delà des infrastructures, les organisations de chauffeurs dénoncent la hausse des prix des pièces de rechange et l’augmentation des montants journaliers que les conducteurs doivent verser aux propriétaires des véhicules.
La MSCC ASDT ASBL demande l’ouverture d’enquêtes sur la formation des prix des pièces de rechange ainsi qu’une meilleure structuration du marché afin de lutter contre les hausses qu’elle juge désordonnées. Elle évoque également la précarité des conditions de travail des chauffeurs, dont certains exercent sans contrat formel. Pour sortir de cette situation, elle estime qu’un soutien aux associations et une meilleure organisation du secteur pourraient contribuer à la professionnalisation du métier.
La mutuelle plaide enfin pour une planification routière intégrant systématiquement des arrêts, des parkings, des aires de stationnement et des gares routières, afin d’améliorer la fluidité de la circulation dans la capitale.
L’APROCHAT appelle les conducteurs à rester chez eux
Guylain Niania, président de l’Association pour la protection des chauffeurs taximen (APROCHAT), défend également la cessation de travail annoncée pour lundi et mardi. Son appel concerne plusieurs catégories de conducteurs, notamment les taximen, les chauffeurs de taxis, de taxibus et de sprinters. Il les invite à prendre leurs dispositions et à rester à la maison jusqu’à nouvel ordre.
L’association estime que les chauffeurs s’acquittent quotidiennement de la taxe de stationnement sans bénéficier, en retour, d’infrastructures adaptées à leurs activités. Elle déplore également les tracasseries auxquelles ils disent être confrontés malgré le paiement de ces taxes.
Pour l’APROCHAT, les professionnels du transport réclament des conditions de travail plus dignes, des espaces de stationnement appropriés et une meilleure prise en compte de leurs préoccupations par les autorités.
Un cadre permanent de concertation réclamé
La question du dialogue avec les autorités provinciales constitue un point central des différentes déclarations. La MSCC ASDT ASBL demande la convocation, par arrêté du gouverneur de Kinshasa, d’un cadre permanent de concertation permettant aux représentants des chauffeurs et aux responsables publics d’examiner les dossiers en suspens.
L’objectif serait de parvenir à des engagements concrets, durables et concertés, notamment sur la gestion de la taxe de stationnement, l’aménagement des infrastructures et la professionnalisation du métier de chauffeur.
La Corporation des associations demande elle aussi l’ouverture d’un dialogue susceptible de déboucher sur des solutions durables. Elle présente ses excuses à la population pour les éventuelles perturbations liées au mouvement.
Des consignes contradictoires à deux jours de l’échéance
À l’approche du lundi 19 octobre 2026, la principale difficulté réside dans l’absence de position commune entre les organisations représentatives des chauffeurs. Emery Kasongo appelle à la reprise normale des activités, tandis qu’Éric Manianga, Chardin Ngoie et Guylain Niania soutiennent le maintien de la cessation de travail.
Cette divergence risque de semer la confusion parmi les conducteurs et les usagers des transports en commun, qui pourraient être confrontés à des perturbations dans leurs déplacements. Au-delà de cette controverse, les différentes structures s’accordent sur plusieurs préoccupations : la transparence dans la gestion des taxes, le manque de parkings et d’arrêts aménagés, les difficultés de circulation et la précarité des conditions de travail.
L’enjeu est désormais de clarifier les consignes données aux chauffeurs et de favoriser une concertation avec les autorités provinciales. À Kinshasa, la question reste de savoir si le dialogue annoncé permettra de rapprocher les positions avant les dates retenues pour la mobilisation.
La Gazette du Continent
