Dans la ville de Kinshasa, le croisement de l’avenue Wangata et du boulevard du 30 Juin figure parmi les points de la capitale où la présence des agents chargés de la circulation est particulièrement visible. Samedi 3 octobre 2026, plusieurs éléments de la Police de circulation routière (PCR), des policiers portant des bandeaux rouges, d’autres arborant des bandeaux blancs, ainsi que des agents d’une nouvelle brigade affectée à la régulation de la circulation étaient présents sur le site.
Vers 10 heures, le dispositif était encore plus important. Une partie des agents s’est ensuite retirée, laissant sur place, au moment du constat, six policiers et deux agents de la nouvelle brigade.
Cette concentration d’agents autour d’un même carrefour pose cependant la question de la coordination entre les différents services intervenant sur la voie publique.
Des automobilistes dénoncent des pratiques de tracasserie
Sur l’avenue Wangata, dans le sens venant de l’ancien hôpital Mama Yemo vers le boulevard du 30 Juin, certains policiers se positionnent pour contrôler les véhicules.

Des automobilistes rencontrés sur place dénoncent des interpellations qu’ils jugent parfois abusives et affirment que certains agents solliciteraient directement de l’argent auprès des conducteurs.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, certains contrôles pourraient également déboucher sur des négociations informelles entre policiers et automobilistes, notamment lorsque ces derniers craignent l’immobilisation de leur véhicule ou son acheminement à la fourrière.
Ces accusations, qui mettent en cause le comportement de certains agents et non l’ensemble des forces présentes, mériteraient toutefois des vérifications et des réponses des autorités compétentes.
Le Code de la route congolais encadre les infractions, les sanctions et les procédures d’immobilisation ou de mise en fourrière des véhicules. Il prévoit différentes catégories d’amendes selon la nature de l’infraction.
Le samedi, un moment particulièrement sensible
La situation semble prendre une autre dimension le week-end, particulièrement le samedi, selon les témoignages recueillis.
Des conducteurs disent redouter davantage les contrôles au cours de cette journée, certains estimant qu’une immobilisation pourrait compliquer la récupération de leur véhicule lorsque les services administratifs concernés ne fonctionnent pas normalement.
Dans ces conditions, certains automobilistes seraient tentés de négocier directement avec les agents afin d’éviter une procédure officielle.
C’est précisément cette pratique de « négociation » informelle qui alimente les accusations de tracasserie et de perception illégale d’argent sur les routes de la capitale.
Un sens unique devenu un piège pour certains conducteurs
Entre l’avenue du Livre et le boulevard du 30 Juin, le constat réalisé ce samedi fait également apparaître un autre point de tension : la circulation dans un tronçon présenté par un riverain comme étant passé à sens unique depuis environ un mois.
Plusieurs véhicules qui empruntent ce passage dans le sens interdit sont immédiatement interceptés.

Un véhicule portant des mentions des Témoins de Jéhovah fait partie des automobilistes arrêtés. Un autre véhicule rouge, immatriculé 9427BR 01, est également intercepté.
À proximité, un véhicule de la Police ainsi que plusieurs agents, positionnés en retrait, semblent attendre les conducteurs qui ne respectent pas la nouvelle réglementation de circulation.
La présence policière est très mobile : des éléments arrivent, d’autres repartent, tandis que certains restent en retrait pour surveiller le passage des véhicules.
Jusqu’à douze policiers sur le même site
Le nombre d’agents présents varie au fil des heures. À 12h21, un nouveau comptage fait état de douze policiers sur le site, auxquels s’ajoutent les autres agents affectés à la régulation de la circulation.
Cette importante présence contraste avec les difficultés persistantes de circulation et soulève une interrogation sur la répartition des missions entre les différentes unités.
Le problème ne semble donc pas être l’absence de policiers sur ce tronçon, mais plutôt la manière dont les contrôles sont organisés et exercés.
Même les véhicules officiels ne sont pas épargnés
Au cours de l’observation, un véhicule arborant le fanion d’un magistrat est également immobilisé.
Une discussion s’engage alors entre plusieurs policiers. Finalement, l’agent présenté comme le plus gradé intervient et ordonne au magistrat de poursuivre son chemin.
Cette scène illustre les tensions qui peuvent naître autour de l’application des règles de circulation, particulièrement lorsque plusieurs catégories d’usagers ou de responsables se retrouvent confrontées aux mêmes restrictions.
Une surveillance qui nourrit les interrogations
Sur place, plusieurs policiers discutent entre eux pendant que d’autres poursuivent les contrôles. Trois policières sont observées en retrait. L’une d’elles, qui doit participer à une fête prévue samedi soir, quitte les lieux précipitamment à bord d’un taxi.
Une remarque de sa collègue, rapportée lors du constat, laisse entendre que les agents affectés à ce secteur espèrent également tirer un revenu des contrôles effectués sur la voie publique.
Ces propos, rapportés tels qu’entendus sur place, ne permettent toutefois pas à eux seuls d’établir l’existence d’un système organisé de perception illégale.
La route, un espace de contrôle devenu source de tensions
Pour de nombreux Kinois, la multiplication des contrôles routiers constitue aujourd’hui une source de frustration. Les automobilistes doivent respecter les règles de circulation, mais les agents chargés de les faire appliquer sont eux-mêmes tenus de respecter les procédures prévues par la loi.
Le Code de la route prévoit les conditions dans lesquelles un conducteur peut être arrêté, sanctionné ou soumis à différentes mesures administratives. Il précise également les infractions et les montants d’amendes correspondants.
La difficulté apparaît lorsque le contrôle officiel laisse place à des arrangements informels, à des paiements non documentés ou à des menaces d’immobilisation utilisées comme moyen de pression. De telles pratiques, si elles sont établies, nécessitent des mesures disciplinaires et administratives appropriées.
Des autorités interpellées sur la gestion des contrôles
La question interpelle aussi bien les autorités provinciales que les responsables nationaux chargés de la sécurité et de la circulation.
Les points de contrôle sont connus, les unités présentes sur le terrain sont identifiables et les plaintes des usagers sont récurrentes. Une meilleure coordination entre les services, l’identification claire des agents habilités à contrôler les véhicules et la traçabilité des amendes pourraient contribuer à réduire les contestations.
La réglementation prévoit déjà un cadre pour les infractions routières et leur traitement.
L’enjeu est donc moins celui de l’absence de règles que celui de leur application effective, uniforme et transparente.
Un constat d’une heure qui appelle des réponses
Pendant près d’une heure d’observation au croisement Wangata–boulevard du 30 Juin, le dispositif policier s’est constamment renouvelé. Le nombre d’agents est passé de quelques éléments à une douzaine, avec des mouvements réguliers entre les différents points de contrôle.
Cette présence importante devrait normalement contribuer à fluidifier la circulation et à renforcer la sécurité routière.
Mais pour les automobilistes, la multiplication des contrôles, les interpellations et les soupçons de paiements informels donnent une autre image de la situation.
Une question demeure donc : comment garantir que les contrôles routiers à Kinshasa servent effectivement la sécurité et la fluidité de la circulation, sans devenir une source de tracasseries pour les usagers ?
La réponse relève désormais des autorités compétentes, appelées à clarifier les missions des différentes unités déployées sur ce tronçon et à veiller au respect des procédures par tous les intervenants.
Zacharie M. Mikounga
