Le crash aérien survenu vendredi 25 septembre 2026 à Kenge, dans la province du Kwango, qui a fait 17 victimes au total et coûté la vie au lieutenant-général Joseph Mutombo, Premier président de la Haute Cour militaire, et au lieutenant-général Lucien René Likulia, auditeur général des Forces armées, soulève, au-delà de l’émotion, des interrogations sur la sécurité aérienne en République démocratique du Congo.
Dans une analyse intitulée « La loi de Murphy : quand l’incurie finit par tuer », Me Charles Kabuya estime que cet accident ne saurait être considéré uniquement comme un événement imprévisible. Il se réfère au principe de Murphy, selon lequel « tout ce qui est susceptible d’aller mal ira mal ».
L’avocat évoque notamment les conditions dans lesquelles l’appareil aurait été ravitaillé en carburant à Kikwit. Selon lui, une vidéo montrant cette opération avec des moyens rudimentaires révélerait des conditions de sécurité précaires, aussi bien sur le plan technique que concernant la protection du périmètre de stationnement.
Me Charles Kabuya s’interroge également sur l’appareil impliqué dans le crash, un LET L-410, bimoteur de fabrication tchèque. Il affirme que celui-ci aurait été mis en service pour la première fois en 1983 et n’aurait subi qu’une seule grande visite réglementaire, en 1988, alors que plusieurs contrôles auraient été nécessaires au regard de son âge.
Pour l’auteur de l’analyse, le crash met surtout en évidence deux problématiques majeures dans l’aviation civile congolaise : « l’organisation et la gestion du secteur » ainsi que « la carence structurelle des infrastructures ».
Il estime notamment que la loi congolaise n°23/001 du 12 janvier 2023, destinée à moderniser l’aviation civile et à renforcer la sécurité aérienne, n’aurait pas permis d’atteindre les objectifs attendus. Il met également en cause des dysfonctionnements qu’il attribue aux mécanismes de contrôle et de conformité du secteur.
Me Charles Kabuya évoque ainsi les organismes publics chargés de la conformité, du contrôle et des enquêtes, notamment l’AAC et le BPEA, auxquels il reproche des soupçons de corruption et d’incurie, en s’appuyant sur ce qu’il présente comme des fuites de documents. Il critique particulièrement la pratique consistant, selon lui, à faire prendre en charge les contrôleurs par ceux qu’ils sont chargés de contrôler.
L’avocat estime que plusieurs appareils dont l’état de navigabilité serait sujet à caution continuent ainsi d’opérer sur le territoire congolais, faisant peser des risques sur les passagers et les populations.
Il revient également sur la situation des compagnies aériennes congolaises vis-à-vis de l’espace aérien européen et estime que le crash de Kenge ne devrait pas améliorer la réputation de la RDC en matière de sécurité aérienne.
L’autre volet de son analyse concerne les infrastructures. Me Charles Kabuya rappelle qu’une importante partie du territoire congolais disposait autrefois d’un réseau d’aérodromes permettant de relier les différentes régions du pays. Il estime qu’avec la multiplication des provinces après l’indépendance, aucune planification suffisante n’a été mise en place pour accompagner cette évolution par des infrastructures de base, notamment des aéroports dotés de pistes adaptées.
Il évoque également le cas de certains aérodromes qui auraient été affectés par une « cannibalisation foncière mafieuse », citant notamment celui de Kenge, où s’est produit le crash. Selon lui, l’équipage en difficulté aurait recherché une piste de secours dans cette zone. Il estime que si cette infrastructure avait été opérationnelle, l’issue de l’incident aurait éventuellement pu être différente.
La question des infrastructures concerne également Kinshasa, où Me Charles Kabuya estime que l’aéroport international de Ndjili ne dispose pas de conditions optimales de sécurité aérienne en raison de l’absence d’une seconde piste de déroutement de même catégorie à proximité. Il appelle ainsi à prendre en compte l’urgence de développer les infrastructures aéroportuaires de la capitale.
Pour l’avocat, l’immensité de la RDC et ses deux fuseaux horaires rendent indispensable une politique ambitieuse de développement des voies de communication, particulièrement du transport aérien. Il résume cette nécessité par un maître mot : « l’aménagement du territoire ».
Me Charles Kabuya estime que cette politique devrait contribuer à mieux relier les différentes parties du pays, à réduire l’isolement de l’arrière-pays et à lutter contre les conséquences liées à l’absence d’une structuration territoriale suffisante. Il cite également le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), tout en estimant que celui-ci n’a pas encore permis d’inverser certaines de ces tendances.
Il considère toutefois que la modernisation de certains aéroports constitue un signe positif qui devrait, selon lui, être étendu dans le cadre d’un plan global de développement du secteur aérien congolais.
Enfin, Me Charles Kabuya préconise que l’armée et le gouvernement disposent de leurs propres structures d’aviation de liaison, équipées d’appareils adaptés à différentes catégories de missions. Il estime que cela permettrait d’éviter le recours à des vols commerciaux qu’il juge potentiellement peu fiables et de mieux prendre en compte les impératifs liés à la sécurité de l’État.
À travers cette analyse, Me Charles Kabuya appelle ainsi à tirer les enseignements du crash de Kenge et à repenser, plus largement, l’organisation, les mécanismes de contrôle et les infrastructures de l’aviation en République démocratique du Congo.

La Gazette du Continent
