Au Forum Chine–RDC à Kinshasa, l’ancien Inspecteur général des finances, Jules Alingete Key, a longuement éclairé les enjeux, les réformes et les résultats de la revisitation du contrat Sicomines, présenté comme un tournant dans la gouvernance minière congolaise. Ce Forum a été organisé par l’Agence Congolaise de Presse (ACP) et l’Agence Chine Nouvelle.
Un modèle « infrastructures contre ressources » à réajuster
Dans son exposé, Jules Alingete est revenu sur la logique initiale du partenariat avec l’entreprise Sicomines, basé sur un échange entre ressources minières et financement d’infrastructures. Contrairement à d’autres entreprises minières, ce projet imposait à la partie chinoise de financer directement des ouvrages publics en contrepartie d’exonérations fiscales.
Initialement estimée à 6 milliards de dollars américains, l’enveloppe dédiée aux infrastructures a été réduite à 3 milliards de dollars américains sous pression des institutions internationales. Toutefois, les exonérations accordées ont ensuite été encadrées par une loi adoptée en 2014, renforçant leur base juridique.
Des dérives corrigées par les audits
L’ex-patron de l’Inspection générale des finances a dénoncé des pratiques de mauvaise gouvernance, notamment des pressions exercées sur les prestataires et des tentatives de détournement dans l’exécution des projets. Ces dérives ont conduit l’État congolais à diligenter des missions de contrôle, révélant des écarts entre les avantages fiscaux accordés et les infrastructures réellement livrées. D’où la décision de revisiter en profondeur le contrat pour rétablir l’équilibre et renforcer la transparence.
Une révision fondée sur la réalité des ressources
Au cœur des réformes figure l’exigence d’un audit technique et financier pour certifier les réserves minières. Selon Jules Alingete, cette étape conditionne la poursuite des investissements et l’augmentation de la production. Les parties ont ainsi convenu de suspendre temporairement certains engagements, le temps d’évaluer la viabilité réelle du projet. Une fois les ressources confirmées, les investissements peuvent reprendre sur des bases solides.
Rééquilibrage de la gouvernance et des retombées
L’ancien Inspecteur général des finances a également mis en lumière les déséquilibres dans la gestion du projet, longtemps dominée par la partie chinoise. Des ajustements ont été opérés pour renforcer la présence congolaise, notamment à travers la création de directions financière, technique et commerciale confiées à la Gécamines. Par ailleurs, des mécanismes jusque-là inexistants ont été introduits, notamment les royalties permettant à l’État congolais de percevoir environ 1,7 % du chiffre d’affaires. Le partage de production a été maintenu à 68 % pour la partie chinoise contre 32 % pour la partie congolaise, avec un droit reconnu à cette dernière de commercialiser sa part.
Des investissements en hausse après la revisitation
Illustrant les retombées concrètes, Jules Alingete a cité plusieurs projets d’infrastructures en cours à travers le pays : routes, ponts, stades et autres ouvrages publics financés par Sicomines. Il a relevé qu’en dix ans, les investissements ont atteint environ 654 millions de dollars américains, avec une nette accélération après la revisitation du contrat. La moyenne annuelle de financement est ainsi passée d’environ 64 millions à plus de 300 millions de dollars américains.
Une réforme jugée bénéfique pour la RDC
Après trois ans de discussions, les parties ont convenu de maintenir certains équilibres tout en corrigeant les failles du système. Pour Jules Alingete, cette revisitation a permis d’assainir la gestion du projet, de réduire les risques de corruption et d’aligner les intérêts des partenaires. Il a insisté sur le fait que le modèle Sicomines repose sur un mécanisme tel que la RDC identifie et évalue les projets, la Sicomines les finance, puis les infrastructures réalisées sont remises à l’État.
En conclusion, Jules Alingete a estimé que cette réforme constitue une avancée majeure vers un partenariat « gagnant-gagnant », capable de transformer les ressources minières du pays en leviers concrets de développement au profit de la population congolaise.
La Gazette du Continent
