Plus de cent cinquante participants sont les élèves, une dizaine d’enseignants de l’Institut Nyabyunyu dans le quartier Lac-Vert à Goma, et des journalistes et créateurs de contenus ont participé, lundi 19 octobre 2026, à un atelier consacré aux risques liés aux mazuku et à la circulation des fausses informations.
Organisée dans le cadre de la Young Reporters Initiative de l’Union internationale des sciences géologiques (YoRI-IUGS), cette activité a associé vulgarisation scientifique, prévention et éducation aux médias.
Comprendre un phénomène aux conséquences parfois mortelles
Dans la région de Goma, les mazuku désignent des dépressions naturelles où le dioxyde de carbone (CO₂), issu notamment de processus géologiques profonds, peut s’accumuler à des concentrations dangereuses. Invisible et inodore, ce gaz est plus dense que l’air et peut stagner près du sol, notamment dans les zones basses et les cavités.

Une étude publiée en 2010 dans le Journal of African Earth Sciences par Benoît Smets et plusieurs chercheurs, dont Mathieu Mapendano Yalire, alors associé à l’Observatoire volcanologique de Goma (OVG), décrit la présence de ces émanations dans la région de Goma et souligne les risques d’asphyxie qu’elles représentent. Les auteurs recommandent notamment une meilleure cartographie des zones concernées et des mesures de prévention adaptées. « Consulter l’étude scientifique » (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1464343X10000828).
C’est autour de ces risques que les élèves et les enseignants de l’Institut Nyabyunyu ont été sensibilisés. L’activité a été organisée par le journaliste environnemental Daniel Makasi Mahamba dit Leverginois, producteur du podcast Tetea Mazingira, dans le cadre de la Young Reporters Initiative de l’Union internationale des sciences géologiques, en collaboration avec l’IUGS.
La séance visait à expliquer le phénomène, ses effets possibles sur la santé et les précautions à prendre dans les zones susceptibles de présenter une accumulation de CO₂.
Intervenant au cours des échanges, Abel Minani, chercheur à l’Observatoire volcanologique de Goma, a rappelé que les mazuku sont des endroits caractérisés par une forte concentration de dioxyde de carbone.

« Si vous vous y retrouvez, vous devez commencer à sentir du vertige, de la nausée, etc. », a-t-il expliqué, en mettant en garde contre les conséquences d’une exposition à ce gaz.
Le chercheur a également évoqué certaines rumeurs concernant ces zones, notamment l’idée selon laquelle la construction d’une maison ferait disparaître un mazuku. Il a souligné que cette affirmation n’était pas scientifiquement démontrée et a appelé les habitants à signaler tout risque aux autorités locales.
Les fausses informations également au cœur des échanges
Au-delà de l’explication scientifique, l’atelier a porté sur les rumeurs et les fausses informations qui circulent au sujet des mazuku, mais aussi sur les questions environnementales, le changement climatique et la biodiversité.
Victoire Katembo Mbuto, journaliste intéressée par les questions de l’environnement et celles liées au dioxyde de carbone et aux mazuku, a présenté aux participants plusieurs notions essentielles à la compréhension de la désinformation.
La mésinformation désigne la diffusion d’une information fausse sans intention nécessaire de tromper. La désinformation, elle, repose sur la diffusion délibérée de fausses informations. Quant à la malinformation, elle consiste à utiliser une information authentique dans le but de nuire.
Ces distinctions visent à aider les jeunes à mieux apprécier les contenus qu’ils reçoivent, notamment sur les réseaux sociaux, avant de les partager. Les participants ont ainsi été encouragés à vérifier les informations, à en rechercher l’origine et à privilégier les sources fiables plutôt que de relayer des rumeurs.
Cette démarche revêt une importance particulière lorsqu’il est question de risques naturels. Une information erronée sur la présence ou l’absence de danger peut influencer les comportements des habitants et compromettre les efforts de prévention.
Prévenir les risques dans les quartiers exposés
Les mazuku constituent un risque connu dans la région de Goma, notamment dans certaines zones de l’ouest de la ville et de ses environs. Les travaux scientifiques ont relevé leur présence dans des dépressions liées, entre autres, aux formations volcaniques, aux fractures du sol et aux anciennes coulées de lave.

Le phénomène peut être particulièrement dangereux lorsque le gaz s’accumule près du sol ou dans des espaces mal ventilés. Comme il est invisible et inodore, son identification ne peut pas reposer uniquement sur les sens. La connaissance des zones à risque, les mesures scientifiques et les informations communiquées par les services compétents restent donc essentielles.
Des décès par asphyxie liés aux mazuku ont déjà été rapportés à Goma. Dans un article publié le 18 février 2023, le média congolais Actualite.cd avait notamment fait état de quatre décès survenus au cours des trois semaines précédentes dans le quartier Lac-Vert. « Lire le reportage d’Actualite.cd » (https://actualite.cd/2023/02/18/mazuku-ce-gaz-naturel-et-mortel-goma-4-personnes-mortes-asphyxiees-en-lespace-de-trois).
Dans un autre article publié le 13 avril 2023, le média scientifique SciDev.Net avait rapporté les préoccupations de chercheurs concernant ce phénomène et leur appel à mieux signaler les endroits dangereux afin de réduire l’exposition des populations. « Lire l’article de SciDev.Net » (https://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/news/rdc-un-gaz-mortel-seme-la-peur-dans-la-region-de-goma/).
L’école comme relais de prévention
À travers cette activité, les initiateurs entendent renforcer les connaissances des élèves et du personnel éducatif sur les risques associés aux mazuku, tout en encourageant une communication responsable sur les questions environnementales.

La Young Reporters Initiative de l’Union internationale des sciences géologiques vise notamment à encourager les jeunes à s’intéresser aux sciences de la Terre et à communiquer sur les enjeux géologiques et environnementaux. À Goma, Daniel Makasi contribue à cette démarche à travers des activités de sensibilisation et de vulgarisation, notamment par le biais de son podcast Tetea Mazingira.
En associant explications scientifiques et éducation aux médias, l’atelier de l’Institut Nyabyunyu a mis en avant le rôle de l’école dans la prévention des risques. L’enjeu est aussi de faire des élèves et des enseignants des relais d’informations fiables au sein de leurs familles et de leurs communautés.
Face aux dangers liés au CO₂, la prévention passe par une meilleure connaissance du phénomène, le respect des consignes des autorités et la diffusion d’informations vérifiées. À Goma et dans ses environs, ces efforts restent importants pour limiter les comportements à risque et éviter que les rumeurs ne prennent le pas sur les connaissances scientifiques.
Magloire Mutulwa
