Les membres et sympathisants de Bundu dia Mayala (BDM) ont commémoré, dimanche 18 octobre 2026, à Boma, dans la province du Kongo Central, le troisième anniversaire du décès de leur fondateur et guide spirituel, Ne Muanda Nsemi.
À cette occasion, le président national du mouvement, Wampuna Nsosani, a appelé à la défense de la souveraineté nationale, à la réconciliation entre les communautés et à la préservation de l’identité culturelle et linguistique des peuples de la République Démocratique du Congo.
Il a également dénoncé les frustrations liées à l’indemnisation des victimes des massacres attribués au mouvement Bundu dia Kongo, plaidé pour la libération de leur camarade Mbuta Simba Mpanzu, détenu à la prison de Makala, et demandé la relance du port de Boma afin de favoriser la création d’emplois.
Indemnisation des victimes : Wampuna Nsosani dénonce des disparités
Le président national de Bundu dia Mayala a d’abord attiré l’attention sur les frustrations qui, selon lui, persistent parmi les victimes des massacres liés au mouvement Bundu dia Kongo dans le cadre du processus d’indemnisation piloté par le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).
Wampuna Nsosani déplore des différences dans les montants versés aux victimes. Il évoque des indemnisations de 100.000 francs congolais, de 50 ou 100 dollars américains, voire d’un million de francs congolais. Pour lui, ces écarts sont susceptibles d’alimenter le sentiment d’injustice, d’affaiblir la confiance envers les institutions et d’accentuer les divisions au sein de la société.
Il appelle ainsi les responsables concernés à veiller à une réparation équitable des préjudices subis, conformément aux engagements pris au niveau national.
Hommage à Ne Muanda Nsemi et aux figures historiques kongo
La commémoration a également été marquée par un hommage appuyé à Ne Muanda Nsemi, présenté par ses partisans comme un guide spirituel et politique dont les enseignements doivent continuer à inspirer les générations présentes. Wampuna Nsosani a cité plusieurs figures historiques et spirituelles, notamment Simon Kimbangu, Joseph Kasa-Vubu et d’autres dignitaires qu’il associe à l’histoire et à la mémoire du peuple kongo.
Il a estimé qu’ignorer l’héritage de Ne Muanda Nsemi reviendrait, selon sa lecture, à négliger la prophétie attribuée à Mfumu Kimbangu concernant l’avènement d’un guide appelé à transmettre les connaissances spirituelles et culturelles kongo.
Le responsable de BDM a ponctué son discours de formules traditionnelles et d’acclamations en kikongo et en lingala « Ingeta », expression employée dans le mouvement comme formule d’affirmation ou d’adhésion. Ces expressions ont accompagné les hommages rendus au disparu et les appels à la mobilisation des membres.
Souveraineté nationale : un appel à la vigilance et à la résistance patriotique
Abordant la situation sécuritaire du pays, Wampuna Nsosani a affirmé que la RDC était confrontée à une nouvelle guerre d’agression. Il a critiqué ce qu’il considère comme des insuffisances dans la conduite de la politique nationale de défense et appelé les Congolais à davantage de vigilance face aux menaces contre l’intégrité territoriale.
Évoquant les prises de position de Ne Muanda Nsemi en faveur de la souveraineté nationale, il a rappelé le slogan « Les Kongo aux Congolais, les Rwandais aux Rwandais », associé à la mobilisation politique de 2017. Pour le président de BDM, la défense de la patrie doit primer sur les rivalités politiques et les frustrations personnelles.
« Quand on perd la terre, on devient esclave chez soi », a-t-il déclaré en substance, invitant ses compatriotes à choisir entre la résignation et la mobilisation pour préserver leur liberté.
Il a ainsi lancé un appel à la résistance patriotique, qu’il présente comme une démarche de protection du territoire national et de défense de la souveraineté congolaise.
Libération de Mbuta Simba Mpanzu réclamée
Le président national de Bundu dia Mayala a également évoqué les difficultés rencontrées par certains membres de son mouvement engagés, selon lui, dans la défense de la patrie.
Il a cité le cas de Mbuta Simba Mpanzu, qu’il affirme être toujours détenu à la prison centrale de Makala, à Kinshasa.
Estimant que son camarade devrait être reconnu pour son engagement, Wampuna Nsosani a profité de la cérémonie pour lancer un appel solennel au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, afin que la situation de ce détenu soit examinée et qu’il puisse recouvrer sa liberté dans les meilleurs délais.
Il a par ailleurs invité les membres du mouvement à ne pas laisser les injustices ressenties et les épreuves traversées compromettre leur engagement collectif. Dans cette perspective, il a rappelé un enseignement attribué à Ne Muanda Nsemi : « Kufuidi nsi naku fuidi ngudi ». Cette formule en kikongo, reprise dans un contexte où l’orateur appelle à privilégier la patrie, peut être comprise comme une référence au lien entre le sacrifice pour le pays et l’attachement à la mère.
Dialogue des communautés : préserver la diversité culturelle
Wampuna Nsosani a également salué l’initiative du dialogue des communautés annoncée par le chef de l’État. À ses yeux, cette démarche pourrait contribuer à dépasser les divisions héritées de l’histoire coloniale et à rapprocher les différentes composantes de la société congolaise. Il a appelé les communautés à mettre de côté leurs antagonismes politiques et leurs frustrations personnelles pour se rassembler autour d’un objectif commun : la défense de la patrie.
Le responsable de BDM a insisté sur la nécessité de préserver les identités culturelles et linguistiques des différents peuples de la RDC, citant les Bakongo, les Baswahili, les Bangala et les Baluba.
Il estime que chaque communauté devrait pouvoir élaborer un cahier des charges reprenant ses préoccupations et ses attentes, afin de les présenter dans le cadre d’un éventuel dialogue national.
Selon lui, la reconnaissance de la diversité culturelle et linguistique constitue une condition importante pour une coexistence pacifique et un développement respectueux des identités de chaque peuple.
Pont entre Kinshasa et Brazzaville : BDM demande le respect des engagements
Wampuna Nsosani a également abordé le projet de construction d’un pont rail entre Kinshasa et Brazzaville. Il a demandé au président de la République de respecter, selon ses déclarations, l’engagement consistant à faire fonctionner au préalable le port de Banana avant la réalisation du projet reliant les deux capitales du Congo.
Le président national de BDM s’est dit préoccupé par les informations faisant état de préparatifs autour du pont rail, alors que les infrastructures attendues à Banana ne seraient pas encore opérationnelles. Il estime que l’ordre de réalisation de ces projets doit tenir compte des intérêts économiques et stratégiques du Kongo Central ainsi que de ceux de l’ensemble du pays.
Relance du port de Boma pour lutter contre le chômage
Autre revendication formulée lors de cette commémoration, c’est la relance des activités du port de Boma. Wampuna Nsosani considère que le manque d’emplois dans cette ville contribue aux difficultés sociales et à la délinquance. Il a rappelé avoir déjà abordé cette question en 2025, lors d’échanges avec le gouverneur du Kongo Central, dans le cadre d’une réflexion sur les causes de l’insécurité. Pour lui, la réhabilitation du port pourrait favoriser la reprise des activités économiques, générer des emplois et offrir de nouvelles perspectives aux jeunes de Boma et des environs.
Il a ainsi appelé les autorités à accorder une attention particulière à cette infrastructure, qu’il considère comme un levier potentiel de développement économique pour la ville.
Un hommage placé sous le signe de l’unité et de la défense de la patrie
Wampuna Nsosani a exhorté les membres et sympathisants de Bundu dia Mayala à rester fidèles aux enseignements de Ne Muanda Nsemi, tout en privilégiant l’unité, la solidarité et l’engagement patriotique.
La cérémonie du 18 octobre 2026 aura ainsi servi de tribune au mouvement pour rendre hommage à son fondateur, mais aussi pour exprimer ses préoccupations concernant la sécurité nationale, l’indemnisation des victimes, la détention de l’un de ses membres, le dialogue entre les communautés et le développement économique du Kongo Central.
La Gazette du Continent
