À Madimba, cette initiative soutenue par le gouvernement congolais et la Banque mondiale ambitionne de faciliter l’évacuation des produits agricoles, de désenclaver plusieurs localités et de créer des emplois. Trois bateaux de grande capacité sont prévus pour le démarrage des opérations, dans le cadre d’un projet porté par près de 60 PME congolaises.
La Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a procédé, vendredi 16 octobre 2026, au lancement du transport moderne de marchandises sur la rivière Inkisi, dans le territoire de Madimba, au Kongo Central. Cette initiative marque une nouvelle étape dans la valorisation des voies navigables de la République Démocratique du Congo et dans la recherche de solutions durables aux difficultés d’évacuation de la production agricole.
La cérémonie a réuni plusieurs personnalités, dont le vice-premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Justin Kalumba, le gouverneur du Kongo Central, des représentants de la Banque mondiale, des responsables du projet TRANSFORME ainsi que des élus et des autorités politico-administratives, religieuses et coutumières.

Un projet structurant pour diversifier l’économie locale
Le lancement du transport cargo fluvial sur la rivière Inkisi s’inscrit dans le cadre du projet TRANSFORME, mis en œuvre par le gouvernement congolais avec l’appui de la Banque mondiale. Il vise à soutenir l’entrepreneuriat, à renforcer les capacités des PME et à favoriser l’émergence de nouvelles activités économiques.
Pour concrétiser cette initiative, près de 60 petites et moyennes entreprises, dont 57 lauréates du Concours de plans d’affaires (COPA TRANSFORME), se sont regroupées au sein d’un groupement d’intérêt économique (GIE) afin d’investir collectivement dans le transport fluvial de marchandises.
Trois bateaux de grande capacité doivent assurer le démarrage des opérations, avec pour objectif de faciliter le transport des marchandises et des produits agricoles entre les zones de production et les principaux débouchés commerciaux.
Pour le professeur Val Massamba, initiateur du GIE Rivière Inkisi, cette réalisation illustre les possibilités offertes par la mutualisation des moyens et l’accompagnement public des entrepreneurs.
Il souligne que les embarcations ont été acquises grâce au soutien du gouvernement congolais et de la Banque mondiale, dans le cadre du projet TRANSFORME, qui encourage notamment les PME à se regrouper pour réaliser des investissements d’envergure.
La mutualisation des PME pour renforcer la compétitivité

Le regroupement des entrepreneurs constitue l’un des principaux leviers de ce projet. En mettant en commun leurs ressources financières, leurs compétences et leurs capacités opérationnelles, les PME participantes entendent surmonter les obstacles qui limitaient jusque-là leur développement.
Plusieurs de ces entreprises transforment localement des matières premières issues de l’arrière-pays. Cependant, les difficultés d’acheminement de ces ressources ont longtemps pesé sur leur approvisionnement, leurs coûts de production et leur compétitivité.
Le recours au transport fluvial doit ainsi contribuer à améliorer la circulation des matières premières et des marchandises, tout en favorisant les échanges entre les producteurs ruraux, les unités de transformation et les marchés de consommation.
Un désenclavement attendu face à la dégradation de la RN16
L’initiative répond à une difficulté majeure rencontrée par les habitants et les opérateurs économiques de cette partie du Kongo Central : la dégradation avancée de la route nationale numéro 16, qui complique depuis longtemps l’évacuation de la production agricole vers les grands centres urbains.
Grâce à la navigation sur la rivière Inkisi, les agriculteurs pourraient transporter leurs récoltes en plus grandes quantités et dans de meilleures conditions. Cette nouvelle voie de communication devrait également faciliter l’approvisionnement des marchés et réduire les contraintes logistiques qui freinent les activités économiques locales.
Selon le président du conseil d’administration du GIE, le projet devrait générer près de 500 emplois directs et indirects. Les perspectives prévoient également la construction de 15 quais, d’entrepôts et d’autres infrastructures indispensables au développement du corridor fluvial.
Pour le vice-premier ministre Daniel Mukoko Samba, la réussite de cette initiative nécessitera un engagement soutenu de l’État dans l’aménagement et l’entretien des voies navigables. « C’est à l’État d’assurer le dragage, le balisage, la construction de quais d’accostage, mais également la réhabilitation des tronçons routiers qui vont permettre d’atteindre ces différents quais ».
Selon lui, ces investissements permettront de faire de la rivière Inkisi un axe de développement économique pour les territoires de Madimba et de Mbanza-Ngungu.

Un point de connexion entre les transports fluvial, ferroviaire et routier
Au-delà du transport de marchandises, le projet présente un intérêt stratégique en raison de sa position géographique. Le site destiné à accueillir le port se trouve, à vol d’oiseau, à environ 830 mètres de la gare d’Inkisi et à moins de 300 mètres de la route nationale numéro 1. Cette proximité offre des perspectives d’interconnexion entre les réseaux fluvial, ferroviaire et routier, susceptibles de fluidifier le transport des marchandises et d’améliorer les liaisons entre les bassins de production et les marchés.
Jusqu’ici principalement valorisée pour la production d’électricité et l’approvisionnement en eau potable, la rivière Inkisi est ainsi appelée à jouer un rôle supplémentaire dans le développement économique de la région.
De son côté, le ministre des PME, Justin Kalumba, a salué l’engagement de la Première ministre en faveur de la promotion de l’entrepreneuriat, une démarche qui s’inscrit dans la vision de diversification de l’économie nationale portée par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Il a également insisté sur la nécessité de préserver les conditions favorables au développement de cette nouvelle initiative entrepreneuriale, notamment en évitant une pression fiscale excessive sur les entreprises concernées.
Judith Suminwa plaide pour une économie productive au cœur des territoires

La Première ministre a souligné que la mise en service de ce dispositif fluvial dépasse la simple exploitation de bateaux et de barges. Pour la cheffe du gouvernement, il s’agit de renouer avec une ambition nationale fondée sur la reconnexion des territoires, le désenclavement des communautés et le renforcement de l’économie productive, conformément au troisième pilier du Programme d’actions du gouvernement 2024-2028.
Elle a estimé que le transport fluvial moderne sur la rivière Inkisi pourrait ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement dans l’agriculture, la transformation des produits locaux, la logistique et les services connexes.
En facilitant l’écoulement des produits agricoles et d’élevage, cette initiative devrait renforcer les chaînes de valeur locales, soutenir les producteurs ruraux et stimuler la croissance économique dans les régions des Cataractes et de la Lukaya.
« Ce projet, porté par le ministère de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, illustre ce que la RDC peut accomplir lorsque le savoir, l’investissement et l’esprit d’entreprise convergent ». La Première ministre a également mis en avant les capacités annoncées du dispositif, qui totalisent 6.700 tonnes, sur un corridor navigable d’environ 105 kilomètres entre Kilemfu et Mbaka.
Elle y voit un modèle de développement susceptible d’apporter une réponse concrète aux difficultés de mobilité et d’évacuation de la production agricole dans cette partie du pays.
Des retombées attendues dans plusieurs secteurs d’activité
Au-delà des emplois annoncés et de l’amélioration du transport des marchandises, l’exploitation de la rivière Inkisi devrait favoriser l’émergence d’activités complémentaires dans plusieurs domaines. La navigation, la manutention, la maintenance des embarcations, le stockage, la commercialisation et les services logistiques figurent parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de cette nouvelle dynamique.
Pour les producteurs agricoles, les PME et les populations riveraines, les retombées dépendront de la régularité des opérations, de la disponibilité des infrastructures et de la capacité des pouvoirs publics à assurer l’entretien du corridor.
Avec le lancement de ce transport cargo fluvial moderne, le gouvernement entend ainsi faire de la rivière Inkisi un levier de désenclavement, de création d’emplois et de diversification économique au Kongo Central, tout en ouvrant des perspectives de développement à d’autres territoires de la République Démocratique du Congo.
La Gazette du Continent
