L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a annoncé, ce vendredi 9 octobre, de nouvelles initiatives pour « sauver » le pays, sans en préciser la nature.
Dans une adresse à la nation intitulée « Le pays est en péril : ne pas agir, c’est être complice », il a vivement critiqué la gouvernance de son successeur, Félix-Antoine Tshisekedi, dénonçant notamment l’explosion de la dette publique, la corruption, le népotisme et la dégradation de la situation sécuritaire.
« N’étant pas de ceux qui se dérobent à leur devoir », Joseph Kabila affirme vouloir partager « dans les heures, jours et semaines à venir » sa conviction sur les actions à entreprendre collectivement face à « la gravité et à l’urgence de la situation ». Il estime que le peuple congolais, « ne pouvant compter sur personne sinon lui-même », doit « se prendre en charge aujourd’hui ».
Près d’un an et demi après son adresse du 23 mai 2025, au cours de laquelle il avait proposé une « thérapie de choc en 12 points », l’ancien président passe ainsi du diagnostic à un appel à l’action. Il n’a toutefois donné aucune précision sur la nature des initiatives annoncées, laissant planer le doute sur ses intentions.
Dans son intervention, Joseph Kabila dresse un tableau particulièrement sombre de la situation du pays. Il accuse le pouvoir en place d’une « incapacité avérée à produire le moindre résultat tangible des années durant » et décrit le chef de l’État comme « plus chef d’un clan que Chef de l’État ».
L’ancien président dénonce également « l’institutionnalisation du tribalisme et du népotisme », une gestion patrimoniale de l’État, l’aggravation de la misère et « l’opulence scandaleuse d’une caste dirigeante ». Il évoque aussi les revers militaires des FARDC, les violations des droits humains, la corruption et ce qu’il considère comme le « bradage » des minerais critiques. Selon lui, « tous les ingrédients semblent réunis pour une implosion quasi certaine du pays ».
Sur le plan économique, Joseph Kabila affirme que la dette publique a « explosé » et dépasse désormais les 18 milliards de dollars américains. Il rappelle avoir transmis, en 2019, une économie « débarrassée du fardeau de la dette héritée des régimes antérieurs ».
Le chiffre avancé dans son message correspond aux données officielles mentionnées dans les éléments présentés : selon la Direction générale de la dette publique, l’encours s’élevait à 18 552,20 millions de dollars en septembre, répartis entre environ 11,46 milliards de dollars de dette extérieure et 7,09 milliards de dollars de dette intérieure. Les autorités soutiennent toutefois que cet endettement demeure inférieur à 20 % du produit intérieur brut (PIB) et que la RDC reste classée parmi les pays présentant un risque modéré de surendettement.
La situation sécuritaire dans l’Est du pays occupe également une place importante dans son adresse. Joseph Kabila accuse le pouvoir de collaborer avec les Wazalendo, les FDLR et « plusieurs autres groupes armés étrangers », ainsi que de bombarder des civils.
En revanche, l’AFC/M23 et le Rwanda, accusés par Kinshasa, l’ONU et Washington d’être au cœur du conflit, ne sont pas cités nommément dans son message. L’ancien président évoque seulement les « autres parties belligérantes » avec lesquelles le gouvernement négocie. Le rappel de ses 12 points de mai 2025 mentionne toutefois le retrait « de toutes les troupes étrangères » du territoire national, sans préciser lesquelles.
Au-delà de ces accusations, Joseph Kabila conclut son intervention par un appel à la mobilisation des Congolais, estimant que le pays est confronté à une situation qui exige des décisions urgentes. Ses prochaines prises de parole, annoncées « dans les heures, jours et semaines à venir », devraient permettre de connaître les actions qu’il entend proposer pour répondre à ce qu’il qualifie de péril national.
La Gazette du Continent
