L’étendue de son talent , la richesse de ses œuvres et son héritage font l’unanimité. Pamphlétaire, il avait la prose, la sagesse, la réthorique, le bons sens et de l’insolence dans ses chansons. Inspirateur et maître de la chanson camerounaise, son savoir-faire et sa façon de chanter continuent à faire des émules jusqu’aujourd’hui.
Né le 6 août 1942 à Douala, Emmanuel Eboa Lotin est décédé le 6 octobre 1997 l’âge de 55 ans.
Son père, le révérend Adolphe Lotin Same était un pasteur religieux de l’église Baptiste Camerounaise et sa mère, une ménagère. Ses parents meurent alors qu’il n’a que 3 ans. Une atrophie due à l’injection de quinine lui paralyse la jambe gauche à un très jeune âge.

À l’école, ses amis se moquent de son physique. Cette blessure d’enfance devient le moteur d’une force intérieure exceptionnelle. Ces moqueries poussent l’adolescent à développer une force mentale.
Lors d’une interview à Douala, il a évoqué cette période difficile, son handicap physique faisait de lui la cible idéale à l’école. On l’imitait, on le bousculait, on l’excluait. Mais là où ses camarades pensaient briser un enfant, ils étaient involontairement en train de forger une armure. Seul, il se réfugiait dans la salle ne pouvant jouer dans la cour avec ses camarades. C’est là qu’il a découvert la guitare de son maître et s’est donné à la musique.
Il a 8 ans, lorsqu’il se lance dans la musique. À 20 ans, il compose sa première chanson Mulema mam (mon cœur). Il relate l’histoire d’un jeune couple dont le décalage financier, l’incompatibilité des modes de vie et des dépenses excessives de la femme poussent le mari à obtenir le divorce. Véritable chef-d’œuvre, cette chanson connut beaucoup de succès mais ne lui rapporte presque rien.
Sa chanson « Munyenge ma Ngando » occupe une place singulière dans le catalogue musical du Cameroun et de l’Afrique. Avec cette chanson, il a conquis l’Afrique et les autres continents.
Ce titre composé à la faveur du « Caïman Club de Douala », une équipe de football camerounais, se révèlera par la suite un tube africain qui aura fait assoir un nouveau genre musical appelé « Makossa » dont Eboa Lotin fut l’un des ambassadeurs. C’est sous les auspices de la maison Philips que cette chanson voit le jour en 1968, en disque microsillon 45 tours et plus tard en 33 tours sous la référence No 9101136.
Quand sort « Munyenge ma Ngando », le « Caïman Club de Douala » est champion du Cameroun. Cette chanson servira d’appui à la célébration de ce sacre.
L’impact de ce morceau fut considérable que le Seigneur Tabu Ley l’interpréta en décembre 1970, lors de son concert à l’Olympia de Paris.
Vint l’âge d’or d’Eboa Lotin, 1969, il est invité partout en Afrique et remporte différents trophées
Les chefs d’État africains se l’arrachent, Eboa Lotin est invité par l’empereur Bokassa 1er, en Centrafrique ; le président congolais Marien Ngouabi l’invite lors de la naissance du Parti Congolais du Travail (PCT), il est invité par le président gabonais Omar Bongo lors du 10e anniversaire de la rénovation en 1970. Le président Mobutu Sese Seko tombe sur le charme de l’artiste, il sera invité au Zaïre. Sa chanson « Matumba Matumba » fait le tour de Kinshasa. et remporte un succès panafricain et international. Il représente au 1er festival panafricain d’Alger en juillet 1969.
Eboa Lotin a laissé une veuve, Mme Jacqueline Eboa Lotin et cinq orphelins : Lynda, Henri, Jackie, Cathy et Samuel et près de 70 chansons chantées. Sa discographie est immense.
Jean-Claude Mombong Mass
