La Première ministre de la République Démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, représentant le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a pris la parole le 23 septembre 2026 à la tribune de la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations unies.
La cheffe du gouvernement congolais a appelé à restaurer la confiance dans le multilatéralisme à travers une application constante du droit international et une réforme des institutions internationales. Son intervention a porté sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, la mise en œuvre des décisions du Conseil de sécurité, la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale et la transformation locale des ressources naturelles.

Restaurer la confiance dans le multilatéralisme
Devant les délégations réunies à New York, Judith Suminwa a insisté sur la nécessité d’appliquer les principes du droit international de manière cohérente, indépendamment de la puissance économique ou des alliances des États.
« La confiance de nos peuples dans le multilatéralisme commence là où cesse l’application d’un droit variant selon la géographie, la puissance économique ou encore le jeu des alliances ».
La Première ministre a ainsi plaidé pour une transformation du système des Nations unies fondée sur les principes de sa Charte, notamment l’égalité souveraine des États, le règlement pacifique des différends, l’interdiction du recours à la force et le respect de l’intégrité territoriale.

La situation dans l’Est de la RDC au cœur du discours
La cheffe du gouvernement a évoqué les conséquences humanitaires du conflit, notamment les déplacements forcés de populations, les violences sexuelles faites aux femmes et aux filles, le recrutement d’enfants ainsi que l’occupation de certaines parties du territoire national.
« Mon pays demeure confronté à une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert de l’AFC/M23, en violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, comme l’ont documenté les Nations Unies ».
Judith Suminwa a également rappelé les différents processus engagés pour parvenir à la paix, notamment l’Accord de paix de Washington, le processus de Doha et la feuille de route de l’Union africaine.
Kinshasa réclame l’application des décisions du Conseil de sécurité
Pour la Première ministre, l’enjeu ne consiste plus uniquement à adopter de nouvelles résolutions, mais surtout à assurer l’exécution de celles qui existent déjà. « Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a-t-elle martelé, faisant notamment référence à la résolution 2773 du Conseil de sécurité.
La cheffe du gouvernement a par ailleurs abordé la question des FDLR. Elle a estimé que cette question ne pouvait plus servir de justification au maintien d’une présence militaire étrangère sur le territoire congolais, tout en rappelant les mesures prises par Kinshasa en matière de désarmement et de démobilisation.

Une réforme de l’ONU pour mieux représenter les réalités actuelles
Judith Suminwa a également défendu une réforme en profondeur de la gouvernance mondiale. Selon elle, les institutions internationales doivent évoluer afin de mieux tenir compte des transformations intervenues depuis la création de l’ONU. « Le monde de 1945 n’est plus », a-t-elle déclaré, en évoquant notamment la révolution numérique, la transition énergétique, le changement climatique et le développement de l’intelligence artificielle.
La RDC a réaffirmé à cette occasion son adhésion au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte, qui défendent une représentation accrue de l’Afrique au Conseil de sécurité, avec deux sièges permanents dotés des prérogatives qui s’y attachent et deux sièges non permanents supplémentaires.
Les minerais critiques au service de l’industrialisation
Autre volet majeur du discours : les ressources minières congolaises et leur rôle dans la transition énergétique mondiale. Judith Suminwa a appelé à renforcer la transformation locale des minerais et à garantir une répartition plus équitable de la valeur générée par les chaînes de production.
« Nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale ; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain ».
La Première ministre a également annoncé une proposition congolaise visant à mettre en place, sous l’égide des Nations unies et en partenariat avec l’Union africaine, un cadre mondial pour des chaînes de valeur des minerais critiques « justes, traçables et résilientes ».
Santé, climat et financement du développement
La cheffe du gouvernement a aussi présenté plusieurs priorités nationales liées à la santé, la lutte contre l’épidémie d’Ebola, ainsi qu’à la protection du bassin du Congo et au financement du développement.
Elle a indiqué que les besoins de la RDC pour accélérer la réalisation des Objectifs de développement durable dépasseraient 70 milliards de dollars américains à l’horizon 2030.
Restaurer la confiance, c’est appliquer le droit lorsqu’il coûte
En conclusion, Judith Suminwa a résumé le message porté par la RDC autour de trois enjeux : la confiance, le respect du droit international et une transformation équitable du système mondial.
« Restaurer la confiance, c’est appliquer le droit lorsqu’il coûte, et pas seulement lorsqu’il convient. Accompagner les transformations, c’est en partager équitablement les bénéfices ».
La Première ministre a assuré que la RDC entendait « prendre toute sa part » dans la transformation des Nations unies, tout en poursuivant ses efforts en matière de consolidation de la paix, de renforcement des institutions et de valorisation de ses ressources naturelles et humaines.
La Gazette du Continent
