Les tensions entre les autorités du Tigré et le gouvernement fédéral éthiopien ont dégénéré en affrontements ouverts. Des forces liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont pris le contrôle de plusieurs aéroports dans la région du Tigré et affronté les forces fédérales dans l’Afar voisin, selon plusieurs sources citées mercredi 23 septembre par l’AFP.
Les combats ont notamment éclaté mardi soir à Abala et Erebti, dans la région de l’Afar. Deux sources humanitaires présentes dans la zone ont confirmé les affrontements. L’une d’elles a indiqué s’attendre à une extension de la situation et a fait état de l’envoi d’un camion chargé de nourriture pour venir en aide aux personnes déplacées.
Une source étrangère spécialisée dans la sécurité en Éthiopie a également confirmé les combats et indiqué que les forces tigréennes contrôlaient Abala. Un ancien haut responsable du TPLF a, de son côté, affirmé que les forces tigréennes contrôlaient également Berhale, Erebti, Abala, Megale, Dalul et Konoba, dans l’Afar. Ces informations n’ont toutefois pas pu être vérifiées indépendamment par l’AFP.
Les aéroports de Mekele, Axoum et Shire sous contrôle tigréen
Dans le Tigré, les forces tigréennes ont pris le contrôle de plusieurs infrastructures aéroportuaires. Des sources locales et sécuritaires ont notamment confirmé la prise de l’aéroport Alula Aba Nega de Mekele, capitale régionale. L’Union africaine a également fait état de la prise et de l’occupation des aéroports de Mekele, Axoum et Shire.
Ethiopian Airlines a annoncé la suspension de ses vols à destination de ces trois villes en raison de la situation sécuritaire. Un employé de l’aéroport de Mekele a raconté à l’AFP que son équipe avait été priée de rentrer chez elle après avoir appris que l’aéroport était passé sous le contrôle des forces tigréennes.
Le sort d’un petit nombre de policiers fédéraux qui assuraient la garde de l’aéroport de Mekele restait inconnu.
Des versions opposées sur le déclenchement des combats
Le gouvernement régional du Tigré affirme avoir réagi à d’« intenses bombardements » menés mardi par les forces fédérales, avec des avions, des drones et de l’artillerie. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées indépendamment.
Dans un communiqué, les autorités du Tigré ont affirmé que leur armée avait reçu l’ordre de riposter à ce qu’elles présentent comme une attaque et une « invasion génocidaire » et qu’elle menait une « bataille défensive ».
De son côté, Getachew Reda, ancien dirigeant du TPLF aujourd’hui conseiller du gouvernement fédéral, a affirmé que la direction du TPLF avait lancé une offensive généralisée contre des positions gouvernementales en Afar et dans la région de l’Amhara. L’AFP n’a pas pu vérifier indépendamment les informations concernant des combats dans l’Amhara.
Le spectre d’un retour à la guerre
Le TPLF avait mené entre 2020 et 2022 une guerre contre le gouvernement fédéral, un conflit dont le bilan avait été estimé à environ 600 000 morts par l’Union africaine. L’accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022 avait mis fin aux combats, mais la région reste marquée par les conséquences de cette guerre.
Depuis plusieurs mois, des affrontements sporadiques et des frappes de drones avaient déjà ravivé les craintes d’une reprise du conflit. La situation s’est encore tendue avec la formation récente d’une alliance regroupant plusieurs groupes armés opposés au gouvernement fédéral. Le TPLF a annoncé dimanche son adhésion à cette nouvelle coalition, qui rassemble des organisations issues de plusieurs régions éthiopiennes.
La région du Tigré ne s’est toujours pas remise de la précédente guerre. Environ un million de personnes y sont encore déplacées et plusieurs dispositions de l’accord de paix restent à mettre en œuvre.
L’Union africaine appelle à la désescalade
Face à cette nouvelle escalade, l’Union africaine a appelé mercredi à la plus grande retenue et à l’arrêt immédiat de toute action susceptible d’aggraver les tensions. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a rappelé que l’accord de Pretoria demeure le cadre de référence pour parvenir à une paix durable en Éthiopie.
L’organisation continentale a également appelé à la reprise sans délai du dialogue direct entre les parties et demandé aux pays voisins de l’Éthiopie d’éviter toute action susceptible de contribuer à l’escalade.
L’UA a chargé son haut représentant pour la Corne de l’Afrique, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, d’engager rapidement les différentes parties afin de soutenir les efforts diplomatiques visant à réduire les tensions et à préserver le processus de paix.
Tenplar Ngwadi
