Disparu à l’âge de 92 ans, Mario-Philippe Losembe Batwanyele, né Mario Cardoso, incarnait l’une des dernières passerelles vivantes entre le Congo de l’indépendance et celui d’aujourd’hui.
Lumumbiste de la première heure et présent à la Table ronde économique, il traverse la crise de septembre 1960 non pas comme simple témoin, mais comme acteur. À seulement 26 ans, il est propulsé au poste de Commissaire général à l’Éducation, ouvrant ainsi un parcours d’État précoce et international.
Il devient ensuite le premier visage du Congo auprès des Nations unies. Diplomate formé à New York, il porte la voix du jeune État à Londres avant de revenir au cœur du pouvoir comme ministre de l’Éducation, puis ministre des Affaires étrangères. Il est également élu à Kisangani.

Écarté du pouvoir en 1972, il connaît l’exil à Genève avant de revenir au pays et de se reconvertir dans les affaires, notamment dans le secteur de l’or du Kilo-Moto. En 2007, il connaît une ultime renaissance politique en devenant deuxième vice-président du Sénat.
Fidèle au lumumbisme, technocrate onusien, ministre, exilé, entrepreneur puis sage parlementaire, Mario-Philippe Losembe Batwanyele aura ainsi connu plusieurs grandes étapes de l’histoire politique congolaise.
L’anecdote avec Mobutu
Une anecdote rapportée sur ses relations avec Mobutu remonte à la période de la zaïrianisation, en 1972. Lors d’une réunion avec ses ministres, Mobutu aurait lancé à Mario Cardoso :
« Toi, avec ton nom de Portugais, tu es encore un colon ? »
Mario Cardoso lui aurait répondu :
« Citoyen Président, mon père m’a donné le nom, ma mère m’a donné le sang congolais. »
Le lendemain, il devient officiellement Batwanyele Losembe. Deux mois plus tard, Mobutu le limoge de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, lui reprochant, selon le récit rapporté, d’être « trop aimé des Blancs à l’ONU et pas assez par le peuple zaïrois ».
À sa famille, la rédaction de la Gazette du Continent, lui adresse les fraternelles compassions et sincères condoléances les plus attristées. Que le Seigneur l’accueille dans la félicité céleste.
Jean-Claude Mombong Mass
