Le Gouvernement provincial du Sud-Kivu a exprimé sa « profonde consternation » et son « immense douleur » après le nouvel incendie survenu à Funu B, dans le quartier Cimpunda, commune de Kadutu, à Bukavu, faisant un lourd bilan humain et matériel.
Selon les premières informations disponibles auprès des structures sanitaires, plus de 26 enfants décédés, dont 19 filles et 7 garçons, en majorité élèves de l’École primaire FARAJA, auraient déjà été enregistrés parmi les victimes. Le bilan, encore provisoire, pourrait malheureusement s’alourdir au regard de la violence du sinistre, qui continue de ravager plusieurs ménages.
Ces enfants étaient sortis de leurs maisons le matin pour se rendre à l’école. Plusieurs familles les avaient accompagnés avec l’espoir de les voir rentrer quelques heures plus tard. Le drame laisse désormais de nombreux parents confrontés à la perte de leurs enfants dans des circonstances particulièrement tragiques.
Dans un message signé par Me LUGANYWA-BASHIZI-Didier, porte-parole du Gouvernement provincial, l’exécutif provincial adresse ses condoléances aux familles endeuillées, particulièrement aux parents ayant perdu leurs filles et leurs garçons. Il exprime également sa solidarité aux blessés, aux familles sinistrées et à toutes les personnes touchées par cette catastrophe.
Une succession d’incendies qui inquiète à Bukavu
Ce nouveau drame intervient alors que la ville de Bukavu connaît, depuis plusieurs mois, une succession préoccupante d’incendies ayant déjà détruit de nombreux logements et endeuillé plusieurs familles.
Le Gouvernement provincial estime que la répétition de ces catastrophes dans une ville densément peuplée ne peut plus être considérée comme une simple succession d’événements isolés.
Il pose ainsi la question des mesures de prévention, d’alerte précoce, de protection civile et d’intervention rapide réellement mises en œuvre pour protéger les populations.
« La répétition de ces catastrophes dans une ville densément peuplée comme Bukavu ne peut plus être considérée comme une simple succession d’événements isolés », souligne le Gouvernement provincial, qui estime que cette situation appelle une réponse structurée.
Le Gouvernement provincial met en cause l’administration de l’AFC/M23
Dans sa déclaration, le Gouvernement provincial du Sud-Kivu dénonce « avec la plus grande fermeté » ce qu’il qualifie d’insuffisance, voire d’inaction, des rebelles de l’AFC/M23 qui administrent actuellement la ville de Bukavu, face à une situation nécessitant, selon lui, une mobilisation permanente.
L’exécutif provincial dénonce également le contexte de pression et de prédation auquel serait confrontée la population de Bukavu, déjà touchée par les conflits, les déplacements, la pauvreté et une précarité extrême.
Il évoque notamment une multitude de prélèvements, parmi lesquels des taxes dites d’assainissement et des taxes sur l’exercice des activités commerciales, y compris sur le petit commerce. À cela s’ajouteraient, selon plusieurs témoignages cités dans la déclaration, des actes d’intimidation, de violence et de flagellation.
Le Gouvernement provincial estime que cette situation plonge les citoyens dans un climat de peur, de terreur et d’humiliation, et s’apparente à une forme d’exploitation et d’asservissement de la population.
Selon lui, les rebelles seraient davantage préoccupés par la collecte de ressources et le contrôle des citoyens que par leur protection, leur sécurité et leur bien-être.
« Une autorité qui contrôle une ville a avant tout le devoir de protéger la vie et les biens des populations », rappelle le Gouvernement provincial.
Il condamne fermement ces pratiques et estime que la population de Bukavu, déjà éprouvée par les conflits, les déplacements, la pauvreté et désormais par la multiplication des incendies meurtriers, mérite protection, dignité et assistance.
Une enquête réclamée sur les circonstances du drame
Face à ce nouveau sinistre, le Gouvernement provincial demande que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes de l’incendie.
Il estime notamment nécessaire de déterminer l’origine exacte du feu, les conditions dans lesquelles il s’est propagé, les dispositifs de prévention et de secours disponibles au moment du sinistre, les éventuelles défaillances techniques ou humaines ainsi que les responsabilités éventuelles.
Le Gouvernement provincial insiste toutefois sur la nécessité de ne tirer aucune conclusion avant les résultats d’une enquête sérieuse.
« Aucune hypothèse ne doit être transformée en vérité avant les conclusions d’une enquête sérieuse. Mais aucune piste ne doit non plus être négligée. La population de Bukavu a droit à la vérité », affirme-t-il.
Vigilance autour des équipements solaires
Le Gouvernement provincial appelle également les ménages à une vigilance accrue concernant l’utilisation des systèmes photovoltaïques, des batteries, des onduleurs et des équipements de stockage d’énergie solaire.
Ces équipements sont de plus en plus utilisés en raison des difficultés d’accès à l’électricité, ce qui conduit les autorités provinciales à appeler à une attention particulière face aux risques liés à ces installations.
Un mécanisme urgent de prévention et de réponse
Face à la multiplication des incendies, le Gouvernement provincial appelle à la mise en place urgente d’un mécanisme structuré de prévention et de réponse aux incendies à Bukavu.
Ce dispositif devrait notamment comprendre un système d’alerte rapide dans les quartiers, des moyens adaptés d’intervention et d’évacuation, l’identification des zones particulièrement exposées ainsi que la sensibilisation régulière des ménages.
Le Gouvernement provincial préconise également le contrôle technique des installations électriques et solaires à risque, la sécurisation des établissements scolaires situés dans les zones densément peuplées et une coordination efficace des services de secours.
Pour l’exécutif provincial, l’urgence est désormais d’agir sans attendre une aggravation du bilan humain.
« Nous ne pouvons pas attendre que le bilan humain atteigne davantage de victimes pour agir. Le Gouvernement provincial réaffirme que chaque vie perdue est une vie de trop », souligne le porte-parole.
Cette nouvelle tragédie, poursuit-il, doit entraîner « non seulement des larmes et des condoléances, mais également une prise de conscience, une enquête et surtout une action immédiate ».
« La protection des populations n’est pas une faveur : c’est une responsabilité », conclut Me LUGANYWA-BASHIZI-Didier, porte-parole du Gouvernement provincial du Sud-Kivu, en appelant à la mise en œuvre de mesures destinées à mettre fin à cette succession de drames.
Tenplar Ngwadi
